Il faut éviter d’associer le cinéma et la politique. Cela devient compliqué autrement. Toutefois, compte tenu des déflagrations mondiales générées par les décisions de Donald Trump, je pense au sujet de la thèse de doctorat en histoire que prépare Thomas Babington Levy dans Marathon Man de John Schlesinger. Diminutif : Babe. Incarné par Dustin Hoffman. Je pourrais penser au nazi Szell, incarné par Lawrence Olivier, perçant la dent de Babe. D’ailleurs, qui n’a jamais pensé chez le dentiste à cette scène pourtant édulcorée par le réalisateur pour moins choquer les spectateurs. Je pourrais penser à une des scènes d’amour torride entre Babe et Elsa, sublime Marthe Keller, traitre et amoureuse. Ou au colosse chinois tentant d’étrangler le frère de Babe, Henri dit « doc », incarné par Roy Scheider. Dans le livre de William Goldman, la tentative de meurtre se fait dans un parc, si ma mémoire est bonne, pas dans une chambre d’hôtel à Paris, et par un asiatique pas costaud du tout. Ou bien encore au poignard sur glissière qui sort soudainement de la manche de Szell, pour éventrer Doc. Non, aucune de ces scènes ne me vient à l’esprit. Je pense vraiment au sujet de la thèse que Babe prépare à Columbia. Tenez-vous bien. « L’usage de la tyrannie dans la vie politique américaine. » John Rawls, Roger Williams, Charles Peirce, William James n'ont qu'à bien se tenir. Ce qui m’a toujours marqué dans Marathon Man, c’est le questionnement de Babe Levy. Certes il doit faire face à ce Szell, et au service encore plus secret que les services secrets classiques, l’Organisation, à laquelle appartenait son frère Doc. Mais la vraie quête de Babe, c’est de savoir pourquoi son père est mort. Pourchassé par les Maccarthystes et poussé à la mort ? Certains disent que la lutte anti-communiste sous toutes ses formes a fait autant de morts que le communisme. Babe se torture. Son père s’est-il suicidé ? Ou l’a-t-on suicidé ? Son père l’a-t-il abandonné ? Doc, lui, a choisi l’action secrète. La vie parallèle. Babe, lui, a choisi le marathon. Courir à en perdre haleine. S’épuiser ? Je me dis que les vrais philosophes politiques sont ceux qui n’ont jamais envisagé de le devenir. Jack London, par exemple. Je me demande si Babe Levy aurait aimé rencontrer Jack London quand il a écrit Martin Eden. Qu'est-ce qu'il aurait pensé, surtout, d'un président comme Donald Trump ? En pensant, que c'est juste une parenthèse, dans l'histoire américaine, ce président, et que les Etats-Unis se réveilleront très probablement pour continuer d'évoluer dans le bon sens.
Mais quand même, qu'est-ce qu'on aurait aimé lire la thèse de Babe Levy.
