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Histoire de l’ex hôpital Grall de Saigon / Benh Vien Nhi Dong, Par Vincent Ricouleau, Professeur de droit

L’hôpital Grall baptisé ainsi en 1925 du nom du docteur Charles Grall (1851-1924) a été construit à partir de 1862, grâce aux efforts de Albert Calmette notamment. Cet article nous replonge dans une histoire médicale de l'Indochine française, surprenante dans bien des domaines.

Je propose de revenir sur l’histoire de l’hôpital Grall baptisé ainsi en 1925 du nom du docteur Charles Grall (1851-1924). Cet hôpital, qui a été construit à partir de 1862, grâce aux efforts de Albert Calmette notamment, aux structures commandées aux établissements Eiffel et transportées par bateau au Vietnam, d’abord militaire, puis accueillant tous les malades, était situé à l’époque coloniale française 14 rue La Grandière, en plein coeur de Saigon.

Voici ce que dit le Guide historique des rues de Saigon écrit par André Baudrit en 1943 : http://entreprises-coloniales.fr/inde-indochine/Baudrit-Rues_Saigon.pdf

GRALL. — Hôpital. 8-9-C-D. — Pentagone situé au N.E. de la ville et limité par les rues La-Grandière, Paul-Blanchy Mossard, Lafont. L’actuel hôpital Grall a succédé à l’hôpital édifié au moment de la conquête, par l’amiral BONARD, à l’intérieur de l’Ouvrage Neuf (1862). Il fut construit vers 1870, au titre d’hôpital de la Marine, puis il passa à l’Armée. Par décret du 27 juillet 1928 (Voir J.O. de l’I.F. du 26 septembre 1928) cet hôpital fut loué par l’État à la Cochinchine suivant bail emphytéotique, pour la somme de 1 franc par an. A l’expiration de ce bail, bâtiments et terrain reviendront à l’État. En vertu de l’article 15, les services techniques et administratifs restent assurés exclusivement par le personnel du corps de Santé des Troupes coloniales (médecins, pharmaciens, officiers d’administration). Le personnel infirmier est composé. par priorité d’infirmiers français et indochinois provenant de la Section des infirmiers des troupes coloniales. C’est par décret signé DALADIER, en date du 26 janvier 1925, que le nom du médecin inspecteur général GRALL fut donné à l’hôpital colonial de Saigon. 

Sur la rue LA-GRANDIÈRE, toujours décrite par André Baudrit.

— Rue De 7-9-C-E. — Orientée SO-NE. — Joint, au nord de la gare, le carrefour Verdun, Krantz, Frère-Louis, Lacote avec le boulevard Luro (devant la Sainte-Enfance). Cette rue fut faite sur les fossés des remparts de la première citadelle, détruite par ordre de MINH-MANG en 1835 et dont les substructions d’un bastion ont été exhumées en janvier 1926 lors de la construction d’un grand immeuble, à l’angle de cette rue et de la rue Catinat (Voir « L’Impartial », 8 janvier 1926 et « Bull. S. E. I. », 1er trim. 1926, p. 93 et 4e trim. 1935, p. 48 ; gravure planche XVII). Au moment de la création de cette rue, elle portait le n° 17. Un arrêté de l’amiral DE LA GRANDIÈRE, lui même, en date du 1er février 1865 (Voir « Courrier de Saigon », 5 mars 1866), lui donna le nom de « rue du Gouverneur », parce que son palais (édifié à l’emplacement de l’institution Taberd) se trouvait sur cette rue. Un arrêté du gouverneur p.i. amiral DE CORNULIER-LUCINIÈRE, en date du 1er juillet 1870, déclare que cette rue portera, « à dater de ce jour », le nom de « rue LaGrandière ». (Voir « Courrier de Saigon », 5 juillet 1870). Amiral-gouverneur (1807-1876).

L’hôpital s’appelle maintenant Benh Vien Nhi Dong 2 depuis la remise en fonction avec l’aide de la France qui a signé avec le Vietnam plusieurs conventions.

C’est un hôpital pédiatrique situé au même endroit, mais la rue porte un nouveau nom, la rue Ly Tu Trong.

L’hôpital a deux entrées principales. Celle de Ly Tu Trong a conservé son caractère historique. Celle de Nguyen Du est plus récente et donne sur des bâtiments modernes abritant des consultations. Dans la rue Nguyen Du se trouve aussi l’hôtel Continental où a séjourné Barack Obama lors de sa venue à Saigon.

Voici ci-dessous quelques photos pour se repérer avant de vous plonger dans le témoignage à lire absolument datant de décembre 2018 du professeur Pierre Jallon, qui pratique et enseigne à l’hôpital. Spécialiste en neurologie pédiatrique et notamment de l’épilepsie, j’ai mis le lien de certains de ses livres.

L’article du professeur Jallon permet de comprendre comment la médecine est pratiquée à l’hôpital et ce qu’il est capable d’apporter aux étudiants vietnamiens. Témoignage essentiel, de terrain, seul à même de saisir les défis, les incompréhensions, les coopérations possibles, les progrès potentiels, comment la France aussi peut vraiment tenir son rôle au Vietnam, rôle qui n’est pas suffisant actuellement.

Ainsi, le professeur Jallon précise que BVND est le seul hôpital de Saigon à avoir un service de neurologie pédiatrique. Il indique aussi, pour les passionnés de médecine, constater au Vietnam certains syndromes épileptiques – considérés comme peu fréquents – comme le syndrome de Dravet, le syndrome d’Ohtahara, le syndrome de Rasmussen (huit cas diagnostiqués en deux ans, deux cas opérés) ou encore le FIRES (Febrile Infection with Epileptic Status).

Les articles de Louis Remondon (après les photos) de l’ASNOM (association amicale santé navale et d’outre-mer) permettent de connaître précisément l’implication de nombre de médecins militaires ou non, comme celui de Louis-José Courbil dans l’histoire ancienne et récente de cet hôpital qui a joué un rôle excessivement important – époque coloniale, guerre d’Indochine, guerre américaine – et qui continue de jouer un rôle très important actuellement dans la santé des enfants vietnamiens.

Les informations contenues dans les articles de l’ASNOM nous permettent de donner quelques repères historiques et juridiques.

« Par décision du ministère des Colonies du 26 janvier 1925, l’hôpital colonial prend le nom du médecin général Grall. Ce changement d’appellation de l’hôpital annonce une nouvelle modification de son statut. Formation hospitalière du service général, il dépend désormais du Gouverneur Général et son budget est incorporé à celui de la Cochinchine. Il doit rester propriété de l’État mais est mis à la disposition des autorités locales, sous forme d’un bail emphytéotique de 99 ans, moyennant un loyer d’un franc par an.

Un règlement du 2 août 1912 décrit clairement sa mission :

Formation hospitalière du service général, spécialement organisée pour les soins à donner à la population française, il pourvoit au traitement de toutes les catégories de malades, civiles et militaires, fonctionnaires ou particuliers, hommes, femmes, enfants, Français, autochtones ou étrangers.

En 1954, après les accords de Genève et le retrait des dernières troupes françaises en avril 1956, l’hôpital militaire de Saïgon restera la seule formation médicale française au Viêt-Nam avec un statut civil de « mission culturelle » intervenant aussi dans l’enseignement des activités chirurgicales extra-muros et le soutien bénévole aux lépreux.

Ce statut inédit stipule qu’avec l’accord du gouvernement de la République du Viêt-Nam, la France assure la gestion et le fonctionnement de l’établissement hospitalier dénommé Grall.

Le choix de l’emplacement se jouait entre l’hôpital Grall et l’hôpital Vi Dân, très moderne, équipé par les Japonais près de Tân Sôn Nhut, luxueux (climatiseurs, télévisions, réfrigérateurs dans chaque chambre, ascenseurs…) mais construit en un seul bloc bétonné sans aucun jardin.

Le futur hôpital pédiatrique a été mis en place dès janvier 1977 et l’arrêté de sa création fut signé le 19 mai 1978.

Le 23 octobre 1990, le Dr Bernard Kouchner, Secrétaire d’État auprès du Premier Ministre, a signé avec le Dr Duong Quang Trung, Directeur du Service de Santé de HCMV, un Protocole d’accord sur la réhabilitation de l’Hôpital Pédiatrique N° 2 à Hô Chi Minh Ville dit Hôpital Grall.

Ce programme est phasé sur 3 années (1990-1993) pour des travaux sur les bâtiments et les réseaux, l’amélioration de l’équipement médical et chirurgical et comprendra une formation dispensée à Grall par des médecins français et complétée par l’accueil de 5 FFI, chacune des 3 années, dans les hôpitaux de l’Assistance Publique de Paris.

La partie vietnamienne « entend conserver à l’Hôpital Grall son rôle important dans le dispositif de soins de Hô Chi Minh Ville… et préservera l’ouverture de l’Hôpital à toutes les catégories de la population, en assurant l’accès des plus défavorisés ».

Madame le Docteur Duong Quynh Hoa a joué un rôle de premier plan dans le projet. 

Parmi les sources intéressantes pour étudier l’histoire de l’hôpital: Thèse LyonAntoine Bouchard1999. Service historique de la Défense – Département de Vincennes : dossier Grall, 15 YD 79. Extrait du Dictionnaire des médecins, chirurgiens et pharmaciens de la Marine. Sous la direction de Bernard Brisou et de Michel Sardet. Service historique de la Défense, 2010.

Thèse deAlain Puidupin»L’hôpital Grall dans l’histoire franco-vietnamienne ».

Position de l’hôpital 14 rue de la Grandière, pendant la colonisation française /

Entrée de l’hôpital Benh Vien Nhi / Photo de Vincent Ricouleau prise le 17 décembre 2019 /

Photo prise fin 19 ème siècle entrée rue de la Grandière

Quand l’hôpital était militaire et dépendait de la marine, quand les infirmières étaient aussi les Soeurs de Saint-Paul de Chartres

Stèle au sein de l’hôpital pour commémorer la mémoire des docteurs Alexandre Yersin et de Albert Camette

Ci-dessous, photo de la chapelle, maintenant transformée en bâtiment commercial, multiples tâches.

Toutes les photos ci-dessous ont été prises le 17 décembre 2019 par Vincent Ricouleau

Les familles des enfants hospitalisés doivent s’occuper de l’hygiène des enfants, les faire manger, faire la lessive !

Partie neuve de l’hôpital donnant la rue Nguyen Du – Photos prises le 17 décembre 2019 par Vincent Ricouleau

Parking très fréquenté, tant à la porte donnant sur la rue Ly Tu Trong que celle donnant sur la rue Nguyen Du. Le monsieur au casque habillé en kaki fait la circulation. Photo prise le 17 décembre 2019 par Vincent Ricouleau

Face au nouveau bâtiment de l’hôpital, trottoir opposé rue Nguyen Du. Photo prise le 17 décembre 2017 par Vincent Ricouleau

Qui était Charles Grall ?

« Charles Théodore François Marie Grall Né le 29 décembre 1851 à Saint-Thégonnec (Finistère), il est fils d’un clerc de notaire du pays des « Monts d’Arée » dans la Bretagne bretonnante. Peu de gens savent encore aujourd’hui qui était Grall, ce contemporain de Calmette et de Yersin, les fameux « Pasteuriens » d’Indochine. Charles Grall, pourtant tout aussi couvert de gloire et de distinctions, est resté dans notre mémoire collective, à ce jour, moins célèbre qu’eux. Seul son nom patro nymique, parce qu’associé à l’hôpital Grall, interpelle la mémoire de ceux pour qui cet hôpital reste un symbole chargé de souvenirs et d’histoire. Dans le contexte de la défaite de 1870 et celui de « la Commune » de 1871, à l’aube de la troisième République et de la grande expansion coloniale française, en 1871, Grall a 20 ans et s’engage comme aide médecin dans la Marine pour 5 ans. En 1874, il se présente à ses examens de doctorat devant la faculté de médecine de Paris. De ressources modestes, il sollicite auprès du ministre de la Marine et des Colonies, l’exonération des frais que ces études et ses examens entraînent et, auquel cas, il s’engage après son doctorat à continuer de servir, pendant 10 ans, dans la Marine. De décembre 1878 à février 1881 en Guyane, médecin de première classe de la Marine, il reçoit un témoignage de satisfaction du ministère des Colonies pour avoir enrayé l’épidémie de fièvre jaune. Embarqué à bord du « Bayard » le navire de l’Amiral Courbet, il participe au blocus de Formose et occupe Kelung. L’Amiral dans une lettre adressée au ministre de la Marine et des Colonies propose Grall pour la Légion d’Honneur. Nommé médecin de deuxième classe de la Marine en 1875, il deviendra médecin principal en 1887, médecin chef en 1893 et médecin inspecteur général des colonies en 1906. En décembre 1891, il a 40 ans lorsqu’il épouse Victorine Traounez, la fille d’un notaire de Pont l’Abbé (Finistère). Après son mariage il fait un séjour de deux ans en Nouvelle-Calédonie. En 1924 dans une séance de la société de pathologie exotique dont il fut l’un des fondateurs, le président Mesnil en fit cet éloge dont nous présentons quelques extraits : « Avec le Médecin Inspecteur général Grall disparaît une des figures les plus marquantes de la médecine coloniale française. Grall était entré en 1872 dans le Corps de Santé de la Marine. Il en franchissait rapidement et brillamment les premiers échelons. En Guyane, par ses observations sur le paludisme et la fièvre jaune, il manifestait ses goûts pour la recherche originale. Au Tonkin, il participait à la conquête et faisait preuve d’une activité bienfaisante pour la santé de nos troupes. En 1890, lors de la création du Corps de Santé des Colonies, il opta pour ce Corps où il devait terminer sa carrière parvenant au grade le plus élevé de la hiérarchie. Deux fois il retourna en Indochine : une première fois avec le grade de Médecin principal de première classe, comme Directeur du Service de Santé du Tonkin ; puis à nouveau avec le grade de Médecin Inspecteur, comme directeur du Service de Santé de notre grande colonie. Sans diminuer les titres d’aucun de ses prédécesseurs ou successeurs, on a le droit de dire que c’est à Grall que revient le principal mérite dans l’organisation médicale de l’Indochine. Il y déploya une méthode et une activité des plus dignes d’éloges. En 1908, Grall est promu Médecin Inspecteur Général, et prenait au Ministère la présidence du Conseil Supérieur de Santé des Colonies, veillant avec sollicitude aux intérêts du Corps dont il était devenu le chef. Il eut aussi à cœur de montrer de quoi étaient capables les médecins de ce Corps en les associant à une œuvre de l’importance du Traité de Pathologie Exotique, dont il assuma avec notre collègue le Médecin Inspecteur Clarac, la direction. Il voulut aussi y exposer ses idées sur la variété des fièvres des pays chauds, y condenser de nombreuses publications déjà publiées ou inédites ; on lui doit, en autres, les parties cliniques et thérapeutiques des fièvres palustres, le chapitre des fièvres para paludéennes. À la déclaration de guerre, Grall, demanda de suite à quitter son poste sédentaire. Il fut d’abord inspecteur de la 15e région. Mais, quand les campagnes d’Orient commencèrent, il désira s’assurer sur place, jusqu’en première ligne, de l’hygiène des combattants : d’abord à Gallipoli avec notre collègue Bernard ; puis à deux reprises, en Macédoine, avec nos collègues Bernard et Aubert. Il fit aussi des enquêtes sur les épidémies qui frappaient si durement les Serbes émigrés à Corfou et ailleurs. Au cours de ces diverses missions, Grall recueillit de nombreuses observations dont il voulut bien donner la primeur à notre société en 1917 : Amibiase hépatique à l’Armée d’Orient (formes frustes) ; Paludisme “épidémié” ; Traitement du paludisme épidémié et de l’amibiase associée. Ces mémoires ont ensuite été réunis en brochure. Atteint par la limite d’âge en 1916, Grall s’est éteint à Nice le 12 juin 1924 dans sa 73e année. La Société de Pathologie Exotique, dont il fut l’un des fondateurs, vice-président et un membre des plus actifs, gardera fidèlement son souvenir comme celui d’un, grand colonial, d’un de ceux qui ont le plus fait pour répandre dans les pays lointains le prestige bienfaisant de la France. Ceux qui l’ont connu de près, qui ont eu l’occasion d’être ses collaborateurs, évoqueront et ses qualités de chef toujours soucieux de l’avenir de ses subordonnés et sa générosité de cœur. Au nom de tous ici j’assure sa famille de la part bien sincère que nous prenons à son deuil. »

Sources : Thèse Lyon Antoine Bouchard 1999. Service historique de la Défense – Département de Vincennes : dossier Grall, 15 YD 79. Extrait du Dictionnaire des médecins, chirurgiens et pharmaciens de la Marine. Sous la direction de Bernard Brisou et de Michel Sardet. Service historique de la Défense, 2010.

TEMOIGNAGE DU PROFESSEUR PIERRE JALLON, spécialiste de l’épilepsie sur le fonctionnement de l’hôpital, l’enseignement, la pratique, la coopération.

ASNOM association amicale santé navale et d’outre-mer n° 137 – 98e année – Décembre 2018

PIERRE JALLON

« Grall, splendide structure pleine d’histoire, témoin de notre présence au Viet Nam, entre l’IDECAF (Institut d’Échanges Culturels Avec la France), Thai Van Lung, et la belle Résidence du Consulat Général de France, Le Duan, est toujours là. Grall, devenu, depuis sa réhabilitation en 1995, Bênh Viên Nhi Dông 2 (BVND2/ Grall), Hôpital des enfants n° 2, structure de soins aussi importante que les autres hôpitaux de la ville mais ayant conservé son côté « colonial », son environnement, ses pavillons entourés de verdure, disposés autour du bâtiment central. Bênh Viên Nhi Dông N°3 est sorti de terre dans la lointaine banlieue de HCMV, bâtiment moderne de plus de mille lits va ouvrir dans quelques mois. Assez curieusement, BVND2/ Grall est le seul hôpital à HCMV, pour l’instant, à avoir un service de neuro-pédiatrie, créé d’ailleurs, dès 1973. L’entrée de l’hôpital, côté Ly Tu Trong, n’a pas changé. En 1989, l’association Viêtnamitié avait obtenu que le macaron « Grall » soit rétabli sur le fronton de la grille d’entrée. Plombée sous le soleil du matin, elle est toujours aussi animée, encombrée de taxis et des familles, régentée par des gardiens, dont le rôle exact reste un mystère. J’ai passé, pour la première fois, cette grille en décembre 2012, pour un rendez-vous avec la cheffe de service de Neuropédiatrie, M. Nguyen Van Khan, qui m’avait demandé, lors d’un colloque, comment l’aider à développer, dans son service, l’épileptologie clinique. Depuis, je quitte les rives du Mékong pour y assurer une consultation une à deux fois par mois. Les grands tamariniers du parc, devant la belle façade des bâtiments sont toujours aussi magnifiques, immenses, témoins silencieux de la longue histoire de cet hôpital. Les allées, proprettes, sont fréquentées par un personnel soignant aux tenues bigarrées, les pelouses alentours sont bien entretenues. Sur les balcons, de nombreux étudiants en blouse blanche, reconnaissables par leurs épaulettes bleues, des jeunes filles surtout, aux larges sourires et des garçons à l’allure empruntée, sont regroupés autour d’un assistant « enseignant ». Les familles ont envahi les coursives du bâtiment central, installées dans de curieux et sympathiques agencements ou chacun a parfaitement délimité son territoire soit avec une natte à même le sol, soit par un hamac ou la maman balance son gamin endormi. Les chambres sont combles, les lits occupés par au moins deux petits malades par lit et les familles, encore, qui sont là, assurant l’intendance, assis sur des matelas de fortune ou des nattes, éventant le visage d’un enfant. Tout est ouvert, pas de porte, les chaussures, les tongs s’amoncellent sur l’entrée de la pièce. De l’autre côté du bâtiment central, la cantine, l’hôtel des ancêtres, plus loin, le long de Le Duan, le nouveau bâtiment flambant neuf des consultations ; autour, sur les pelouses, les alignements multicolores du linge des familles qui sèche au soleil de l’après-midi. On est bien au Viet Nam ! Ce qui surprend en dehors de cette présence « familiale » est le peu de bruit ambiant ; les enfants sont étonnamment calmes et silencieux. Pas ou peu de pleurs et/ou de cris. Le service de neuro pédiatrie occupe une aile entière du troisième étage, une soixantaine de lits répartis en une dizaine de chambres de chaque côté du couloir. Mon activité dans le service de neuropédiatrie s’est progressivement dessinée. Avant tout, une activité clinique centrée sur la consultation des enfants épileptiques. Non pas la consultation « épilepsies tout venant » qui a lieu dans le bâtiment des consultations sur l’autre entrée de l’hôpital, Nguyen Dû, et qui est une véritable épreuve de célérité : près de 80 malades « examinés » par trois médecins dans la matinée, dans une pièce exiguë ou bien souvent deux familles, attendant leur tour, « assistent » à la consultation, dans un brouhaha indescriptible. J’ai renoncé à consulter dans cette atmosphère peu propice à la sérénité, à la réflexion diagnostique et l’enseignement. Après accord avec la cheffe de service j’ai donc optimisé la consultation, dans la salle de cours du service de neurologie – qui sert aussi de salle de travail des assistants – en convoquant uniquement les épilepsies difficiles à traiter, souvent pharmaco-résistantes, sélectionnées par les assistants et chefs de clinique. Les consultations se font en traduction « simultanée » grâce à une assistante francophone qui a été formée en épileptologie clinique et en EEG, à ma demande, par l’équipe de Montpellier pendant une année. La sémiologie des crises est limitée au visionnage des crises enregistrées sur l’Iphone de la famille ou de l’assistant(e), ce qui permet un enseignement de la sémiologie aux jeunes étudiants présents et de gagner un temps précieux ! Nombre de ces épilepsies entrent dans le vaste concept des encéphalopathies épileptiques et la fréquence de certains syndromes épileptiques – considérés comme peu fréquents – est inhabituelle, comme le syndrome de Dravet, le syndrome d’Ohtahara, le syndrome de Rasmussen (huit cas diagnostiqués en deux ans, deux cas opérés) ou encore le FIRES (Febrile Infection with Epileptic Status). En revanche, peu de syndrome HHE (Hemiconvulsion, Hémiplégie, Épilepsie) ce qui tendrait à penser que les convulsions fébriles sont correctement prises en charge par les praticiens et les familles. Une assistante de recherche clinique prépare un mémoire sur les corrélations cliniques et les données génétiques de la cohorte de patients présentant un syndrome de Dravet (plus de 27 cas confirmés génétiquement en deux ans) Les examens diagnostiques et les traitements sont pris en charge globalement par le gouvernement pour tous les enfants en dessous de l’âge de six ans. En revanche, passé cet âge, nombre de familles ne peuvent pas assurer la charge financière de certains examens coûteux comme l’IRM, les EEG de longue durée, le Pet scan ou encore certains tests génétiques. Grâce au fonds spécial délivré par l’un de nos grands anciens, le Dr Zwingelstein, ancien de Grall (avec son épouse qui y a exercé la tâche de techni – cienne d’EEG), fonds géré par le Fonds de Solidarité Santé Navale, beaucoup d’enfants peuvent maintenant bénéficier de cette manne financière exceptionnelle. Beaucoup d’épilepsies sont lésionnelles : malformations et surtout dysplasies corticales focales ou plus diffuses et sont confiées au neurochirurgien local, formé à Singapour, pour des lésionectomies. L’intérêt de cette consultation – limitée à une dizaine de malades dans la matinée – est de pouvoir prendre du temps pour faire de l’enseignement aux étudiants présents et de prendre des décisions thérapeutiques raisonnées – les polythérapies étant souvent hasardeuses – et raisonnables en discutant avec le chef de clinique et la chargée d’enseignement. Un collègue, chef du service de neuropédiatrie de l’hôpital Universitaire de Genève, le Pr Christian Korff, vient une fois par an , à ma demande, pendant une semaine, pour « superviser » les cas difficiles et assurer un enseignement, en prodiguant une série de cours, étalés sur trois ans, sur les syndromes épileptiques de l’enfant. Je me suis vite aperçu, au cours de nos enseignements, que le niveau des étudiants et assistants n’était pas mauvais du tout mais qu’ils manquent, dans leurs décisions diagnostiques et thérapeutiques, de rationalité plus que de connaissances. Par ailleurs je les ai initiés aux possibilités de la chirurgie de l’épilepsie, en particulier la chirurgie palliative – callosotomie, hémisphérotomies – souvent utile dans certaines encéphalopathies épileptiques. Grâce ainsi au soutien du Fonds de Solidarité Santé Navale, j’ai pu faire venir un neurochirurgien – le Pr Olivier Delalande – qui a déjà opéré un certain nombre de malades à ND2/Grall et qui doit aussi opérer à l’hôpital des enfants de Ha Noi ou je suis aussi consultant. La chirurgie curative, en dehors des lésionectomies, reste limitée à certaines indications « péremptoires » de l’épilepsie temporale avec sclérose mésiale. L’activité épileptologique est indissociable de l’EEG. On retrouve la pléthore des consultations puisque, dans le petit laboratoire situé au bout du couloir, deux techniciennes officient et réalisent pas moins de 80 tracés /jour ! ce qui peut paraître ahurissant quand on sait qu’un laboratoire d’EEG bien équipé dans nos hôpitaux, réalise tout juste 12 à 15 tracés /jours avec deux fois plus de technicien(ne)s ! Certes la qualité en pâtit et j’ai dû me battre pour faire comprendre aux technicien(ne)s comment obtenir un tracé de qualité. Par ailleurs j’ai pu installer dans ce laboratoire un appareil EEG vidéo – financé en partie par la Fondation Française pour la Recherche sur l’Épilepsie – ce qui permet de pratiquer des tracés prolongés avec vidéo des crises. J’assure, depuis plus de cinq ans, l’enseignement de l’EEG à l’Université de Médecine de HCMVille, en proposant un cours de trois jours, quatre sessions dans l’année, sanctionné par un examen écrit et d’interprétation de tracés. La formation des neurologues et plus particulièrement des neuropédiatres, à l’épileptologie clinique remonte à une dizaine d’années. Ces dernières années, outre les commentaires échangés pendant la consultation à ND2/Grall, j’ai organisé, tous les trimestres, avec l’Université de Médecine de HCMVille, des colloques « franco-vietnamiens » d’une demi-journée dont la plupart ont eu lieu dans les salles de cours de l’hôpital. Ces enseignements font partie intégrante de la formation post-universitaire. Voilà mes activités vécues à BVND2/Grall, certes limitées à une pathologie pas très fréquente, petite abeille dans une ruche vrombissante (1 110 lits ; 800 médecins, 1 200 infirmièr(e)s). Semper hominibus prodesse ? Entre le passé et le futur, instant fugitif d’émotion et de passion : chaque fois que je pénètre ou que je quitte l’enceinte de BVND2/Grall, j’ai le sentiment – mêlant à la fois nostalgie et fierté – de perdurer la présence et l’action de nos grands anciens qui ont œuvré dans cet hôpital, sentiment encore plus prégnant, lorsque je passe devant la stèle à la mémoire de Yersin et Calmette, toujours entretenue et honorée par des offrandes et des fleurs déposées par de petites mains anonymes et reconnaissantes »

http://www.smnph.org/smnph2019/speaker/fireworks/

http://www.lecavalierbleu.com/livre/lepilepsie/

ASNOM / Association amicale santé navale et d’outre-mer

n° 135 – 97e année – Décembre 2017

De l’hôpital de la Marine de Saïgon (1864)… …À Bênh Viên Nhi Dông 2 Grall de Hô Chi Minh Ville !

Plus de 150 ans d’histoire partagée

Article de Louis Reymondon (Bx 55) Première Partie

Rappel de l’Organisation de la santé en Indochine :

– « Centres de santé, hôpitaux, création en 1905 de l’Assistance médicale Indochinoise. – Instituts Pasteur pour développer les programmes de vaccination et de recherche : les premiers avec Albert Calmette, en 1891, à Saïgon et avec Alexandre Yersin en 1896 à Nha Trang. D’autres suivront à Hà Nôi, Dalat, Phnom Penh et Vientiane. – Établissements destinés à la formation des personnels médicaux et paramédicaux et dès 1902, une École de médecine à Hà Nôi, qui deviendra en 1923, École de médecine et de pharmacie de plein exercice devant accéder en 1941 au rang de faculté. En 1930, on comptait : – Tonkin, 142 Formations Sanitaires (FS), 31 Hôpitaux (Hx) ; – Annam, 80 FS, 18 Hx ; – Cochinchine, 241 FS, 6 Hx ; – Cambodge, 42 FS, 5 Hx.

C’est après la prise de Saïgon, le 17 février 1859, par le Corps expéditionnaire franco espagnol de l’amiral Rigault de Genouilly qu’est décidée la création d’un hôpital de la Marine sur l’emplacement des anciennes citadelles, connu pour sa salubrité. Une gazette évoque que bien avant que l’amiral Charner ne soit logé, un hôpital aux vastes salles bien aérées était construit. Un arrêté du 4 mars 1864 mentionne précisément cette construction provisoire d’un hôpital de la Marine de 500 lits constitué de baraques en bois, sur des fortifications en terre. Il va suivre l’évolution de l’implantation française en Cochinchine et prendre peu à peu la physionomie qu’il conserve aujourd’hui. Réalisé en 1873-1974, cet hôpital répond à trois critères : – pavillonnaire pour éviter les contagions, – surélevé contre l’humidité du sol dans un parc aéré, – vastes salles et vérandas, climatisation naturelle. Des dizaines de jeunes médecins de la Marine aux ordres d’un médecin-chef, secondés par des infirmiers militaires et vietnamiens et par des sœurs de St-Paul de Chartres (toujours présentes à l’ancienne clinique St-Paul, dites aujourd’hui, Dien Bien Phu). En plein cœur de ville dans un grand parc, ces bâtiments constituent un remarquable ensemble architectural. Nés des impératifs sanitaires de la conquête, ils restent gérés par la Marine près de 25 ans. Mais ce quart de siècle a vu s’installer une organisation moins guerrière en vue de la « paix coloniale ». Le décret du 7 janvier 1890 crée un Corps de Santé des Colonies et des pays de Protectorat à vocation civile. Certains médecins de la Marine optent pour servir dans ce nouveau Corps, indépendant de celui des troupes : clivage mal vécu et rapports tendus entre les médecins militaires d’unités et ces nouveaux médecins hospitaliers « civils pourvus d’un uniforme ». On assistera donc dix ans plus tard, à une refonte sous commandement militaire : le Corps de Santé des Troupes Coloniales dont les médecins seront formés au Pharo à Marseille. Et même si la création de l’Assistance Médicale Indochinoise (AMI) en 1905 tentera de privilégier l’option civile, ce seront presque exclusivement des médecins militaires en position « hors cadres » ou retraités qui accepteront à cette époque de servir en Indochine. Tâche difficile souvent périlleuse, C’est à ce médecin polyvalent, capable de s’adapter en tous lieux à toutes circonstances, écrira Claude Chippaux, que reviendra l’honneur de la majeure partie de l’œuvre médicale accomplie. Par décision du ministère des Colonies du 26 janvier 1925, l’hôpital colonial prend le nom du médecin général Grall. Ce changement d’appellation de l’hôpital annonce une nouvelle modification de son statut. Formation hospitalière du service général, il dépend désormais du Gouverneur Général et son budget est incorporé à celui de la Cochinchine. Il doit rester propriété de l’État mais est mis à la disposition des autorités locales, sous forme d’un bail emphytéotique de 99 ans, moyennant un loyer d’un franc par an. Un règlement du 2 août 1912 décrit clairement sa mission : formation hospitalière du service général, spécialement organisée pour les soins à donner à la population française, il pourvoit au traitement de toutes les catégories de malades, civiles et militaires, fonctionnaires ou particuliers, hommes, femmes, enfants, Français, autochtones ou étrangers.

Au poste de Directeur du Service de Santé d’Indochine, on doit dire (sans diminuer les titres de ses prédécesseurs ou successeurs) que le MGI Grall a beaucoup marqué l’organisation médicale et scientifique de l’Indochine, toujours visible aujourd’hui.

L’entre-deux-guerres et la soumission de l’Indochine au régime de Vichy ont assuré une apparente stabilité jusqu’au coup de force japonais du 9 mars 1945. Quand les premières troupes françaises de Leclerc débarquent à Saïgon le 3 octobre, l’hôpital Grall est la seule formation qui a pu conserver son activité malgré l’occupation nippone et la prise du pouvoir vietminh. Durant cette terrible année 1945, l’hôpital sera bombardé le 7 avril par les avions alliés, avec de nombreuses victimes, puis sera investi par un détachement vietminh qui hissera son drapeau sur le toit. Le 8 juillet, tous les médecins militaires hors-cadre quittent leur poste, sauf ceux de Grall. C’est donc sur ce seul hôpital que s’appuieront les premiers éléments santé du Corps expéditionnaire. Le général Leclerc écrira : cet hôpital est le seul de toute l’Union indochinoise qui ait été maintenu toujours et intégralement français. Dès le début de la guerre, il sera Centre médical n° 1 des FTEO, laissant 30 % de la capacité hospitalière aux soins de la population civile, et restera Centre médical d’évacuation jusqu’en 1956. Cette guerre a coûté côté français 60 000 tués et disparus. Devant cette nou – velle forme de conflit, le Service de Santé a dû élaborer une nouvelle forme de tactique sanitaire qui reste sa doctrine opérationnelle : la prise en compte du blessé depuis la ligne de feu jusqu’à l’infrastructure hospitalière. Des médecins militaires français à l’hôpital Grall de Saïgon (1954-1976) : seul maintien emblématique de l’œuvre sanitaire de la France au Viêt-Nam En 1903, le médecin général inspecteur Grall avait organisé une trame sanitaire coloniale de l’Indochine pour préparer l’avenir en formant des autochtones aux professions médicales. En 1954, après les accords de Genève et le retrait des dernières troupes françaises en avril 1956, l’hôpital militaire de Saïgon restera la seule formation médicale française au Viêt-Nam avec un statut civil de « mission culturelle » intervenant aussi dans l’enseignement des activités chirurgicales extra-muros et le soutien bénévole aux lépreux. Ce statut inédit stipule qu’avec l’accord du gouvernement de la République du Viêt-Nam, la France assure la gestion et le fonctionnement de l’établissement hospitalier dénommé Grall. Il doit s’adapter à l’évolution de sa clientèle et vivre de ses propres recettes. Il fonctionne avec du personnel local géré par une commission franco-vietnamienne. Seuls la direction et l’encadrement sont confiés à des personnels du Service de Santé des Armées, détachés auprès du ministère des Affaires Étrangères comme experts de coopération. Les matériels et équipements importés sont exonérés de toute taxe.

Pour la mission d’enseignement, la faculté de médecine confie des cours aux chefs de service de médecine et de chirurgie de Grall. Ils en assurent aussi à l’école d’infirmières Caritas dont le diplôme, reconnu en France, facilitera beaucoup la reconversion de celles qui le détiendront lorsque viendra le temps de leur exode. Mais cette survivance bienfaisante de l’influence française n’était pas toujours du goût des services américains qui la combattaient. En chirurgie, les professeurs agrégés du Pharo sont souvent appelés par leurs collègues vietnamiens à l’hôpital militaire de Cong Ha, à l’hôpital universitaire Chô Ray, à Nguyen Hoc ou à la polyclinique Saint-Paul. Les échanges sont fructueux et constructifs. Un médecin de Grall se rendait en outre une semaine par mois à la faculté de Hué. L’un d’eux, le docteur Antoine Migeon, témoin en 1968 des massacres de l’offensive du Têt, a rappelé l’afflux des victimes à l’hôpital central et la mort de deux collègues Allemands qui y servaient. L’insécurité pesait partout et on ne peut oublier la mort tragique, en juin 1965, du couple Fourmy (officier d’administration, Pharo 61) dans une explosion terroriste à bord du restaurant flottant Mi Canh ancré sur la rivière de Saïgon.

L’hôpital Grall s’est ainsi imposé, tout au long de sa carrière, comme l’hôpital de référence par le dynamisme de ses activités médicales et la portée des travaux qui y furent menés. La stèle érigée par les médecins et pharmaciens de la Marine et des colonies en hommage à leurs deux anciens, Albert Calmette et Alexandre Yersin, est restée en place et objet de soins et de dévotion dans le parc de l’hôpital. C’est dire le respect des Vietnamiens pour l’œuvre médicale et scientifique de ces « pasteuriens de Grall », auxquels il faut ajouter le nom du MG Paul-Louis Simond (découvreur du rôle vecteur de la puce dans la transmission de la peste), qui a pris en 1897 la direction de l’Institut de microbiologie et de vaccination de la Cochinchine. Et c’était bien dans un pavillon du futur hôpital Grall que le 1er avril 1891 et jusqu’en 1904, Calmette avait installé la première filiale de l’Institut Pasteur en Asie. Une action médicale d’envergure : rage, variole, peste, syphilis…

Quant à lui, son nom, associé à celui du vétérinaire Camille Guérin dans la mise au point du BCG, est mondialement connu dans la lutte contre la tuberculose. Plus tard, ce bouillonnement scientifique de Grall se poursuivra, notamment avec les travaux de François Blanc sur l’amibiase, de Jean-Henri Ricossé sur l’hémoculture dans la typhoïde, les publications sur le « poumon du fumeur d’opium »

Sur le plan chirurgical, les équipes de Grall sont restées fidèles à la tradition de soins aux lépreux. C’est là que le médecin-colonel André Carayon a employé pour la première fois en 1953, la technique toujours actuelle, du double transfert tendineux pour stabiliser le pied tombant par paralysie hansenienne du sciatique poplité externe. Une consultation hebdomadaire de chirurgie de la lèpre fut maintenue par le professeur Courbil à l’hôpital Chô Quan.

Jusqu’en 1976, Grall a su rester au cœur de la coopération médicale de la France et du Viêt Nam. Cet établissement fut, durant plus de 150 ans, le témoin essentiel de la présence française au Viêt Nam et, quelle que soit la situation politique du pays, ses activités ont toujours été unanimement appréciées.

Pour en cultiver la mémoire, le médecin colonel Yves Pirame a pris l’initiative de créer, le 5 mai 1990, une Association des Anciens et Amis de l’Hôpital Grall (AAAHG) qui siège alors au Pharo. Elle a pour objectifs majeurs (art. 3) : –D’encourager toute activité humanitaire, morale et scientifique en vue de perpétuer l’esprit attaché à l’œuvre accomplie par tous ceux et celles qui ont servi à l’hôpital Grall de 1860 à 1975. –De contribuer, dans le cadre de la francophonie, au maintien et au développement des échanges culturels et techniques, par des activités de recherche, d’évaluation scientifique ou de formation médicale. –Ont été élus : • Président : Dr Yves Pirame (dernier chef des services médicaux de Grall). • Vice-présidente : Mme Hoang Thi Thao (ancienne infirmière de Grall). • Secrétaire général : Pr Jean Ricossé (chef du laboratoire de Grall 1961- 1964) puis Dr Jean Graveline. • Adjoint : Dr Alex Chevallard (Bx 54) graphiste du logo. • Trésorier : Mr Jean Dubois (préparateur en pharmacie de Grall 1963-1968).

La rétrocession de Grall aux autorités vietnamiennes (juillet 1976)

La période de transition entre l’installation du nouveau pouvoir venu de Hanoï et la réunification des deux Viêt Nam (scindés depuis plus de 20 ans) a été marquée par une grande confusion…

Pour les uns la débandade des hommes et des familles accrochés en grappes humaines aux hélicoptères gagnant la flotte US depuis le toit de l’ambassade des États-Unis, proche de Grall. Pour les autres des mesures coercitives et une grande détresse. Les hôpitaux de la nouvelle ville de Hô Chi Minh étaient dirigés par des médecins venus de Hanoï mais secondés par des collègues saïgonnais maintenus sur place pour le bon fonctionnement médical. En ce qui concerne Grall, les autorités ont seulement exigé que le drapeau français soit remplacé par celui de la Croix Rouge et que l’hôpital accueille tous leurs malades et blessés. En novembre 1975, il ne restait plus que le médecin-chef, deux assistants et deux étudiants. Nos camarades, Teyssier et Regimbaud ont bien décrit le déchirement du départ car moralement, la situation de ceux que les souffrances de ce malheureux peuple ne pouvaient qu’attrister devenait chaque jour plus insoutenable. Le médecin-chef, le MG Fourre, suspect de mauvaises intentions après la découverte d’un révolver à son nom au fond de la cuve à fuel (!), a été « seulement » expulsé manu militari en 48 heures… L’hôpital fut réorganisé avec 150 lits : un service de garde et deux services généraux (Médecine et Chirurgie Maternité).

Le docteur Pelloux, assistant de médecine, explique les raisons qui plaidaient pour le maintien de ces activités minimales : encore plusieurs milliers de Français à Saïgon, espoir du maintien de cette présence médicale française et souci de ne pas abandonner malades et personnel.

Resté seul, jusqu’en juillet 1976, c’est à lui que revint, avec le consul général, d’amener les couleurs de la France.

Après ce transfert officiel, un « pot de l’amitié » leur a été offert, à leur grande surprise, dans une ambiance sympathique. Mais ensemble, ils éprouvaient une profonde tristesse. Une page de l’histoire franco-vietnamienne venait de se tourner. Le personnel vietnamien n’avait pas de statut militaire et aucune protection sociale sur place. Plusieurs infirmières ont pu retrouver en France un accueil digne du service rendu grâce aux appuis de médecins qui s’en souvenaient. L’association fondée par le docteur Pirame (AAAHG) s’est efforcée de soutenir un peu les personnels restés au Viêt Nam dans un grand abandon.

La mutation de l’hôpital Grall en hôpital pédiatrique est alors engagée par une personnalité incontournable, charismatique, de haute valeur morale et de grande compétence, Madame le Docteur Duong Quynh Hoa.

Elle a fait ses études en France de 1948 à 1954 et ancienne interne des hôpitaux de Paris, elle écrit à un ami : Nous avons appris de l’Occident le sens critique, le sens de l’analyse et de la synthèse, la rigueur dans le diagnostic. Et elle explique Je ne suis rentrée qu’en 1954 mais cette période a été passionnante car ce fut la période essentiellement nationaliste où la plupart des médecins formés par les Français sont partis en masse vers le maquis. Puis elle nomme trois des plus remarquables, anciens Ministres, intelligents et courageux, organisateurs décisifs d’un modèle d’infrastructure de santé adapté aux guerres patriotiques : Pham Ngoc Thac, Nguyen Van Huong et Tôn Thât Tung (2).

De 1954 à 1976, le docteur Hoa a mené de front des activités politiques au sein de la résistance et un exercice professionnel au grand jour dans son cabinet privé de Saïgon (elle était vice-présidente du Conseil de l’Ordre). Du côté du maquis, dans des conditions très dures, il fallait continuer à soigner et les combattants et les populations avec un personnel médical très réduit. Ainsi sont nées des facultés de médecine en pleine jungle avec des doyens qui avaient été formés à l’École française. Bien que dans des conditions extrêmement précaires, nous avons pourtant fait face parce que nous avions compris, de par notre manque de moyens, que la prévention et l’éducation pour la santé devaient primer sur le curatif. Ainsi nous nous sommes intéressés à la médecine par les plantes qui étaient pour nous une porte de sortie fantastique. Cette expérience la conduira à créer, dans des locaux attenants à l’entrée de Grall (où se trouvaient les services de porte et d’urgence au temps des Français), un centre de recherches en pédiatrie sociale, à la pointe des principes modernes de santé communautaires.

Pour l’heure, après le départ des Français, elle arrive du maquis du Sud Viêt Nam, ministre de la Santé, des Affaires Sociales et des Invalides de guerre du Gouvernement Révolutionnaire Provisoire (GRP). Elle se heurte alors à des médecins, sans doute motivés mais insuffisamment formés et à une mesure « politique » considérant que les directeurs des hôpitaux ont toujours été des révolutionnaires, les vice-directeurs techniques étant des cadres « nouvellement libérés », terme qualifiant ceux qui n’avaient pas choisi d’aller avec la révolution. Elle a tissé avec plusieurs membres de l’AAAHG des liens amicaux qui nous permettent de connaître les suites de la remise de l’hôpital Grall aux autorités vietnamiennes : J’étais ministre de la Santé. Le dossier Grall avait été confié au Dr Tran Cuu Kien. Le ministère de la Santé a aussitôt transféré l’hôpital au Service de Santé de Hô Chi Minh Ville. En 1976 et 1977, il a fonctionné comme hôpital des cadres supérieurs et moyens, avec 200 lits en service. Madame Hoa précise : Vers juin 1977 (j’avais démissionné du Ministère) M. Pham Hung, membre du bureau politique du PCV, dirigeant le parti et le gouvernement du Sud Viêt Nam, m’a demandé mon avis concernant la création d’un hôpital pédiatrique.

Le choix de l’emplacement se jouait entre l’hôpital Grall et l’hôpital Vi Dân, très moderne, équipé par les Japonais près de Tân Sôn Nhut, luxueux (climatiseurs, télévisions, réfrigérateurs dans chaque chambre, ascenseurs…) mais construit en un seul bloc bétonné sans aucun jardin.

Mon choix s’est tout de suite porté sur Grall pour les raisons que vous devinez : c’est un hôpital central facile d’accès, construit d’après le système pavillonnaire, avec un jardin garantissant un environnement agréable aux enfants hospitalisés, avec possibilité d’extension.

Le futur hôpital pédiatrique a été mis en place dès janvier 1977 et l’arrêté de sa création fut signé le 19 mai 1978.

Le Groupe de Recherches Pédiatriques (GRP) dirigé par Mme Hoa, unique au Viêt Nam, a été rattaché à l’hôpital pédiatrique Bênh Viên Nhi Dong Hai (BV ND2) mais avec une autonomie totale du côté financier et des relations étrangères. Il faudrait se remettre dans le contexte de 1978, où le régime était encore extrêmement strict, pour mesurer combien les dirigeants avaient pris une décision extraordinaire à l’égard du GRP, n’exigeant en fait que ma seule et entière responsabilité.

Cette grande liberté de manœuvre a permis à cette structure inédite de s’adapter en constante relation avec des ONG et des instances internationales, devenant en 1980 le Centre de Recherches Pédiatriques (CRP), en 1984, le Centre de Pédiatrie (CP) totalement indépendant de l’hôpital et enfin en 1990 le Centre de Pédiatrie, de Développement et de Santé (CPDS).

Victime des suites des épandages américains d’agent orange/dioxine, comme son mari (mathématicien formé à la Sorbonne), Mme le docteur Duong Quynh Hoa est décédée en 2006 laissant « un témoignage original de sa conception globale, morale, sociale et politique de la santé communautaire et des soins primaires (Thèse André. Bouchard pp. 26-27) ». Elle était experte de l’OMS et docteur honoris causa de l’Université Paris VI.

Fin 1989, sur demande du Premier Ministre Pham Hung, elle assista à la première Commission mixte de coopération médicale entre la France et le Viêt Nam. C’est là qu’elle engagera le ministre Bernard Kouchner à aider l’ex-hôpital Grall, qui pour moi, écrivait-elle, conservait toujours l’empreinte française ! Hélas son franc-parler, pas toujours conforme à la « délicatesse diplomatique » agace certaines autorités mais ne la fera jamais dévier de son combat désintéressé, lucide et fidèle à ses maîtres et à ses amis. (2)

ASNOM / Association amicale santé navale et de l’outre-mer /

n° 136 – 98e année – Juin 2018

« L’hôpital des enfants n° 2 de Hô Chi Minh Ville. Des médecins français à la rescousse !

Ci-dessous, la reproduction intégrale de l’article :

Dès ce « cruel avril » 1975, les médecins militaires en poste à l’Hôpital Grall se souviennent avoir vu arriver quelques membres de Médecins Sans Frontières (MSF). Par la suite, de nombreux médecins qui avaient soutenu depuis la France les combats du peuple vietnamien pour son indépendance et sa liberté, se sont rendus au Sud et aussi au Nord offrir leurs services en lien avec l’Association d’Amitié Franco-Vietnamienne (AAFV). Rappelons ici ces missions du Secours Populaire (SPF) et d’autres ONG « pour que ces actions de solidarité ne soient pas oubliées ».

Le Dr Xavier Emmanuelli, ancien ministre et fondateur, avec le Président Jacques Chirac, du SAMU Social, était l’un des médecins de cette mission de MSF. Il a bien voulu livrer ici son regard d’humanitaire plongé au cœur de ce moment qui fut un virage si décisif pour le Viêt Nam contemporain, prémices de sa réunification au prix de cruelles déchirures : « MSF était à l’époque une toute petite structure débutante, une poignée de jeunes médecins décidés à exporter leur savoir au-delà du repli hexagonal, partout où se révélait un besoin de soins et de compétences généreuses. J’avais été approché par l’association « Aide à l‘Enfance du Viêt Nam », qui se chargeait des frais de mission et sollicitait nos capacités d’engagement qui commençaient à se faire connaître. Sans difficultés, j’ai réussi à entraîner Bernard Kouchner, qui débutait, Sénéchal, déjà interniste, Beres, chef de clinique chez Vilain, à nous projeter au Sud Viêt Nam, enlisé dans une guerre que l’armée des États-Unis laissait inachevée.

L’Hôpital Grall, qui représentait la coopération française, était suffisamment organisé pour se passer de notre renfort. C’est vrai que nous avions l’esprit ailleurs et préoccupé par cet événement historique et hors du temps, la chute d’une ville. Les médecins militaires français ont continué malgré tout à assurer leur mission avec sang-froid, comme à l’accoutumée. J’ai assisté aux dernières batailles d’envergure, avant l’assaut final. À Xuân Lôc, quand l’ultime verrou a sauté, j’ai vu l’armée défaite qui refluait. Nous, on progressait dans l’autre sens à la rencontre des populations civiles, des enfants, des vieux épuisés qui se regroupaient dans des camps improvisés d’où ils étaient chassés, rapidement d’ailleurs. On entendait encore les bruits de mortiers au loin. Il n’y avait plus grand-chose à faire. J’ai pris le dernier avion mais les autres sont restés pour voir comment ça allait tourner. Ils y sont restés coincés un mois. Parti sur le terrain sympathisant coco, j’avais assisté à une invasion communiste. Ce que j’avais découvert ne correspondait pas du tout à ce qui se racontait en France. C’était une armée étrangère du Nord, à bord de chars soviétiques, qui envahissait le Sud. Je ne comprenais rien à tout çà… » Comment exprimer plus sincèrement les ambigüités de nos jugements ? ViêtnAmitié ouvre la voie : l’École du Pharo de retour Dix ans après sa réunification le Viêt Nam restait coupé du monde occidental (et donc de la France) par un double enfermement : son propre « rideau de bambous » et « l’embargo occidental » imposé en représailles par les États-Unis d’Amérique.

Au VIe Congrès du Parti Communiste Vietnamien en 1986, survint l’idée d’un « renouveau » (Đổi Mới) : ouvrir le pays à l’économie de marché, un tournant décisif. Bien que l’embargo américain fût maintenu, la France avait alors l’opportunité de saisir la main que lui tendaient les acteurs de la reconstruction de ce pays, profondément sinistré, car ces cadres De l’hôpital de la Marine de Saïgon (1864) étaient pour beaucoup francophones et formés à l’École Française.

Dans le domaine de la santé, les approches ont d’abord été le fait d’initiatives particulières et la diplomatie française ne leur a emboîté le pas que très lentement et prudemment. Étant ancien Navalais et alors chef d’un service de chirurgie hospitalier public, j’ai proposé d’accueillir un collègue vietnamien sous statut de Faisant Fonction d’Interne (FFI).

Mais comment ?

J’ai suivi le cheminement « confraternel » indiqué par un collègue « trotskiste » : le Dr Jean-Michel Krivine, (qui avait participé au Viêt Nam à une mission d’enquête du Tribunal Russell chargé de juger les crimes de guerre au nom de l’opinion internationale) accueillait chaque année, depuis 10 ans, deux stagiaires de Hà Nội dans son service de chirurgie de l’hôpital d’Eaubonne. Mis en relation avec lui en 1987 par le Dr Thérèse Nguyen Van Ky, secrétaire générale de l’Association Médicale des Vietnamiens de France (AMVF), j’ai pu instituer dans mon service du Centre Hospitalier Intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël l’accueil annuel d’un stagiaire du Centre de Traumatologie et Orthopédie (CTO) de Hô Chi Minh Ville qui achevait toujours son séjour aux CHRU de Nice ou de Marseille pour une caution universitaire.

Aucun financement institutionnel n’était nécessaire puisqu’avec la caution de l’AMVF, HIT-Voyages, agence vietnamienne de Paris, nous mettait à disposition un billet d’avion A/R que le stagiaire, logé, nourri et salarié comme FFI, remboursait mois par mois (sur un salaire de 6 000 FF, 1 000 FF par mois x 12 mois = 12 000 FF soit le prix du voyage) !

Le Dr Duong Quang Trung, Directeur du Service de Santé de HCMV (ancien étudiant de la Faculté de Bordeaux) a aussitôt accepté mon invitation qui était pour lui une « grande première » que nous avons expérimentée ensemble avec succès jusqu’en 1996. La méthode a fait tache d’huile dans beaucoup d’autres hôpitaux généraux et CHRU et, le recrutement des FFI étant supprimé, l’Ambassade de France a pris, avec des bourses, le relais de ce procédé original et vertueux d’autofinancement. Nous avons alors fondé ViêtnAmitié et, dès le mois d’août 1988, entraîné le Doyen de Nice, le Pr Noël Ayrault (ancien Santard) à conduire au Viêt Nam une délégation de la Faculté de Médecine pour établir les premiers contacts universitaires avec Hô Chi Minh Ville, Hué et Hà Nôi.

Une « première » qu’Alain Decaux, Ministre de la Francophonie, a souligné dans Le Tapis rouge. Je me remémore les circonstances de ce retour. Tous ces professeurs vietnamiens, comme le doyen de l’Université de Médecine de Hô Chi Minh Ville, le Pr Truong Công Trung (héros des « tunnels de Cu Chi » !) ou son vice doyen, le Pr Tran Van Sang, parlaient un français impeccable et nous racontaient leur résistance dans la jungle pendant la violente guerre américaine. L’émotion de ces premières retrouvailles chaleureuses avec des collègues français était palpable et notre petite délégation a appris beaucoup de choses inimaginables sur leurs conditions de vie, encore très contrôlées et précaires. Matériellement, ils manquaient de tout mais les salles d’hospitalisation étaient pleines, avec souvent deux malades dans le lit et deux dessous sur des nattes !

Comment voir ce qu’était devenu l’ancien Hôpital Grall qui avait perdu son nom et était désormais un établissement pédiatrique, Bệnh Viện Nhi Đồng Hai (Hôpital des Enfants n° 2) ? Au CTO, le Dr Duong Quang Trung m’a présenté les deux chirurgiens, Vu Tân Thinh et Vo Van Thanh, qui se préparaient à remplacer mon ami Vo Thanh Phung à Fréjus. Ce sont eux qui m’ont conduit au Centre de recherches en pédiatrie sociale de Madame Duong Quynh Hoa.

Quand on a demandé au Pr Trung pourquoi cet hôpital n’était pas resté général, il répondit, avec un humour sincère, qu’au Viêt Nam, on donne toujours aux enfants ce qu’il y a de plus beau ! Il m’a présenté à la directrice, le Dr Truong Thi Chau, qui venait des maquis du Nord et ne parlait pas le français. Cependant, dans la grande bibliothèque où elle m’a reçu courtoisement, toutes les traces du passé étaient là, intactes, livres époussetés et laissés à leur place depuis le départ de 1976 ! Je regrettais de n’avoir pas pu, en raison des circonstances (à l’issue de l’assistanat de 1965), rejoindre mon affectation dans ces lieux marqués d’Histoire, mais je me sentais l’émissaire des Anciens qui ne tarderaient pas à y revenir. À moi de les convaincre qu’ils seraient très bien reçus et retrouveraient, sous les grands arbres, la stèle de Calmette et Yersin fleurie et honorée avec des baguettes d’encens !

Sur demande des collègues vietnamiens, nous avons fait le projet d’entraîner notre maître et ami, le Pr José Courbil, qui avait une grande expérience de la Chirurgie de la Lèpre, aux Journées Chirurgicales que ViêtnAmitié souhaitait organiser au Viêt Nam pour marquer le renouveau. Les Premières Journées vietnamo- françaises de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique ont bien été organisées par ViêtnAmitié en août 1989 à Hô Chi Minh Ville (HCMV), accueillies par le Doyen de la Faculté de Médecine, le Pr Truong Cuong Trung et par le Pr Trinh Kim Anh, Directeur de Hôpital universitaire Chô Ray, en lien étroit avec le Directeur du Service de Santé de HCMV, le Pr Duong Quang Trung.

À la demande de l’Ambassadeur de France, ces « Premières Journées » ont été répliquées à l’Hôpital central d’Hué puis à l’Hôpital Viêt Duc de Hà Nôi. L’équipe médicale de ViêtnAmitié s’appuyait sur la participation de plusieurs chirurgiens orthopédistes universitaires mais, pour son président fondateur, le plus important était la présence de deux anciens agrégés du Pharo, le Pr Guy Piganiol et le MGI José-Louis Courbil accompagnés d’un assistant orienté vers la chirurgie des lépreux, le Dr Bernard Chabaud et d’un santard, Alain Puidupin, qui fera sa thèse sur l’Hôpital.

Le nom de Grall restitué et le « projet Grall » Il est indispensable ici de s’attarder sur la personnalité singulière du Médecin Général Inspecteur Louis-José Courbil. Il occupait alors les plus hautes fonctions auprès du Ministre de la Défense : il était tenu à la plus extrême réserve et tout autre que lui en aurait tiré prétexte pour se dérober à l’invitation de ViêtnAmitié. En 1989, nos relations diplomatiques avec le Viêt Nam étaient encore inscrites dans le contexte tendu de la « guerre froide » et l’opinion la plus commune restait marquée d’un anticommunisme primaire peu propice à fréquenter les élites d’un pouvoir assimilé aux pires exactions des régimes totalitaires. Les anciens médecins du Pharo ont suffisamment roulé leur bosse et exercé dans les anciennes colonies livrées aux enjeux de leurs récentes indépendances pour ne pas craindre de partager avec les collègues responsables de la santé publique de ces territoires les défis de leur charge et l’expérience de notre métier commun. Le Pr Courbil, issu avec Yves Pirame de la promotion Lyon-Colo 1948, chirurgien et agrégé du Pharo, avait exactement, par sa longue carrière au Sénégal et au Viêt Nam, le profil approprié à savoir consolider avec ses homologues vietnamiens un dialogue qui n’aurait jamais dû être rompu.

Le Premier Ministre Jacques Chirac, posant la première pierre du Mémorial des Guerres en Indochine de Fréjus, en janvier 1989, venait justement de déclarer « Des vicissitudes ont pu momentanément nous séparer, les exigences de l’Histoire sauront nous faire retrouver les chemins de la fraternité et d’une coopération sous d’autres formes ». La démarche pionnière de ViêtnAmitié est partie de Fréjus et le MGI Courbil l’a accompagnée, sans mission officielle évidemment et avec des recommandations d’absolue discrétion quant à ses titres et ses fonctions militaires. Il s’habillait comme le plus anonyme des civils, plus volontiers en jean et chemise tahitienne qu’en costume cravate !

Mais on voyait cette réserve fondre de jour en jour devant les accueils chaleureux reçus partout : les doyens, les collègues chirurgiens et pasteuriens, Madame Hoa et la directrice de Grall qui lui promit de mettre à sa disposition, comme case de passage, la villa du chirurgien-chef qu’il avait si longtemps occupée dans le parc de l’hôpital. La dernière étape de cet apaisement, propre à dissiper toutes ses appréhensions, a provoqué une grande émotion chez tous ses témoins : L’Ambassadeur de France avait voulu organiser à Hà Nôi une réplique des « Premières Journées » de HCMV mais ViêtnAmitié n’y avait encore aucun contact. Il a donc choisi comme partenaire le Service de Chirurgie ostéo-articulaire de l’Hôpital Viêt Duc (vieil établissement de style colonial et jadis Yersin).

Son chef de service était le professeur Dang Kim Chau, à peine entrevu à HCMV la semaine précédente. Sans doute renseigné depuis sur la délégation française, il marchait à sa rencontre avec son équipe de chirurgiens, parfaitement francophones car formés chez Jean-Michel Krivine, et il s’est littéralement jeté dans les bras de son « vieux copain » Courbil stupéfait ! Les deux hommes avaient été condisciples en 1948 à la Faculté de Hà Nôi que dirigeait alors le doyen Pierre Huard. Le hasard voulut que José ait justement dans sa poche une photo jaunie de son album de famille où ils se trouvaient tous deux, avec ce grand maître d’anatomie, dans le groupe d’étudiants qui prenait son cours autour de la table de dissection ! Ils avaient suivi des parcours divergents et les voici réunis, fraternellement.

Jusqu’à la mort du dernier, ils ne se sont plus jamais éloignés ! Personne d’autre que José Courbil ne pouvait mieux signifier le naturel des retrouvailles franco-vietnamiennes. De retour à Hô Chi Minh Ville, j’organise, sur sa demande, une rencontre avec le Médecin Colonel Thai Van Dzi, médecin chef de la Place. Cette rencontre semi-officielle a scellé la volonté des médecins des deux Armées de partager l’idéal commun de « toujours servir les hommes ». Faisant référence à la Convention bilatérale d’échanges formateurs co-signée en 1995, sur demande du MGI Courbil, par le Directeur français du Service de Santé des Armées, le MGI Blade, avec son homologue vietnamien, l’historien Pierre Journoud a écrit dans une Tribune du 30 août 2016 : « …Après l’ouverture d’un poste d’attaché militaire à Hanoi, en 1991, la coopération militaire a fait ses premiers pas entre les Services de Santé des deux Armées… ». Le Médecin général Charles Grall aurait certainement approuvé de tels héritiers ! Et ceux-ci étaient encore nombreux à conserver des pensées fidèles pour l’illustre Formation sanitaire qui portait son nom et où ils avaient servi du temps de Saïgon mais n’arrivaient pas à se projeter à « Hô Chi Minh Ville », territoire perdu de la République !

Dans sa Chronique du retour, le médecin colonel Yves Pirame traduit parfaitement ce ressenti : « Chef des services médicaux de l’hôpital Grall je suis rapatrié le 18 octobre 1975 et affecté à l’hôpital Laveran. À 46 ans, j’étais décidé à mettre un terme à ma carrière militaire pour entreprendre autre chose. Le Dr Yves Ethès (Bx 28), fondateur à Paris en 1954 du Centre Médical des Entreprises Travaillant à L’Extérieur (CMETE) cherchait un successeur. Lorsque je lui dis que je rentrais de Grall, où il avait servi à la fin des années 1940, il me donna immédiatement la préférence. À l’été 1986, je lançais l’idée d’un repas permettant aux anciens de l’hôpital Grall de se retrouver à Paris autour du Dr Ethès. Au nombre des quatre réponses reçues je trouvais le médecin général Louis José Courbil, mon camarade de promotion à l’École du Service de Santé Militaire de Lyon qui, devenu Directeur régional du SSA à Lyon, reprenait le projet en lui donnant une toute autre dimension.

C’est ainsi que le 24 octobre 1987 une première réunion rassemblait, dans une ambiance chaleureuse, à l’École du SSA de Bron, grâce à l’obligeance de Madame le MGI Chanteloube (Ly 53), Commandant l’École, près de 200 personnes de toute la France, essentiellement anciens personnels français et vietnamiens de notre hôpital. Dès cet instant le Colonel Valletoux, gestionnaire de l’Hôpital Desgenettes, et Madame Rosy Valletoux, son épouse, vont avoir un rôle majeur dans la suite des événements. Une autre rencontre eut lieu au Val-de Grâce.

Fin 1989, le MGI Courbil, qui venait de participer aux 1res Journées francophones d’Orthopédie – Traumatologie du Viêt Nam organisées en août par le Docteur Louis Reymondon (Bx 55), Président de VietnAmitié, écrivait aux participants aux assemblées précédentes de Lyon et Paris pour leur proposer la création d’une « Association des Anciens et des Amis de l’Hôpital Grall » dont le projet pourrait être discuté le 23 février 1990 dans le grand amphi du Pharo à Marseille, que nous ouvrait son directeur le MGI André (Bx 49), ancien assistant à Grall au début des années 1960. Il s’agissait, à l’invitation du Dr Bernard Kouchner, Secrétaire d’État à l’Aide Humanitaire, de prendre notre place, historique, dans le programme de réhabilitation de notre ancien hôpital choisi pour donner le coup d’envoi à la reprise de la coopération médicale entre la France et le Viêt Nam.

Après toute une après-midi d’âpres controverses ne débouchant sur rien, je proposais que les partisans de la création de ladite association se retrouvent ailleurs qu’en terrain militaire. Ce pouvait être l’après-midi du 5 mai 1990 dans un amphithéâtre de la Domus Medica, siège parisien des organismes médicaux nationaux, que j’avais retenu le matin pour l’Assemblée Générale du Syndicat des Anciens Médecins des Armées (SAMA), dont j’étais le secrétaire général.

Au jour dit, nous retrouvant à 39, nous nous sommes institués en assemblée constitutive pour adopter les statuts que je présentais : une association déclarée auprès de la Préfecture des Bouches-du-Rhône, domiciliée à l’Institut de Médecine Tropicale du Service de Santé des Armées (IMTSSA), ayant pour objet d’encourager toute action humanitaire, morale et scientifique en vue de perpétuer l’esprit attaché à l’œuvre accomplie à l’hôpital Grall de 1860 à 1975, et de contribuer dans le cadre de la francophonie au maintien et au développement d’échanges culturels et scientifiques. Nous avons sur le champ nommé un bureau provisoire, défini les grandes orientations, établi un programme des prochains mois. La première Assemblée Générale s’est tenue le samedi 23 mars 1991 au Val-de-Grâce… De cette première assemblée statutaire nous retiendrons l’évolution satisfaisante des effectifs avec 302 adhérents à jour de cotisation, et l’élection par 153 votants du premier Conseil d’Administration” (autour de sa Présidence, un Bureau de 6 membres – voir ci-dessus) ».

Le secrétaire d’État à l’Action Humanitaire, le Dr Bernard Kouchner, s’est immédiatement intéressé à cette dynamique renaissante depuis l’ancienne Saïgon où, avec MSF, il avait vécu les heures tragiques d’avril 1975. Il a effectué une visite officielle en République Socialiste du Viêt Nam du 5 au 12 octobre 1989 et a signé avec le Pr Pham Song, ministre de la Santé, un mémorandum d’intentions pour des échanges formateurs, des fournitures d’équipements et la rénovation de certains hôpitaux.

Ce voyage sera le point de départ de la rénovation de Grall dont il a retrouvé les murs avec émotion.

C’est toujours une structure hospitalière importante du Viêt Nam mais son état, par défaut d’entretien, est si dégradé que, si rien n’est entrepris, il risque de devoir être abandonné. À l’occasion de la Première Commission Mixte Santé Franco-Vietnamienne des 24 et 25 février 1990, la réhabilitation de Grall sera une priorité.

Fort de cette décision, le Pr Courbil avait un objectif clair et partagé : créer un Centre Hospitalier Universitaire Pédiatrique Francophone. Il a commencé à réunir des partenaires d’une coopération médicale comprenant un Programme de formation et de recherches et un accueil hospitalo-universitaire de stagiaires et d’infirmier(e)s.

De leur côté, les services de l’Action humanitaire de l’avenue Floquet, ont diligenté des entreprises françaises de BTP qui ont rapidement rendu leurs expertises au Ministre Bernard Kouchner dans une réunion de restitution. Le constat commun était celui d’un grand délabrement et les propositions diverses. Un expert suggéra de raser ces bâtiments vétustes et de construire un hôpital moderne en profitant de cet immense espace vert au cœur du centre-ville. Au fond de la salle, un homme discret, en civil, demanda la parole : « Pr Courbil, j’ai été chirurgien de Grall… Si vous rasez notre hôpital, vos bulldozers devront d’abord rouler sur mon corps » !

Le Ministre n’a pas tergiversé : Le 23 octobre 1990, le Dr Bernard Kouchner, Secrétaire d’État auprès du Premier Ministre, a signé avec le Dr Duong Quang Trung, Directeur du Service de Santé de HCMV, un Protocole d’accord sur la réhabilitation de l’Hôpital Pédiatrique N° 2 à Hô Chi Minh Ville dit Hôpital Grall. Ce programme est phasé sur 3 années (1990-1993) pour des travaux sur les bâtiments et les réseaux, l’amélioration de l’équipement médical et chirurgical et comprendra une formation dispensée à Grall par des médecins français et complétée par l’accueil de 5 FFI, chacune des 3 années, dans les hôpitaux de l’Assistance Publique de Paris. La partie vietnamienne « entend conserver à l’Hôpital Grall son rôle important dans le dispositif de soins de Hô Chi Minh Ville… et préservera l’ouverture de l’Hôpital à toutes les catégories de la population, en assurant l’accès des plus défavorisés ».

Le Pr François de Paillerets, doyen de Bichat, qui avait déjà une expérience de coopération pédiatrique avec le Viêt Nam et avait servi aussi longuement en Abidjan, serait le concepteur et coordonnateur du programme de formation visant à préparer un corps hospitalier d’excellence.

L’AAAHG mobilisera le Dr Marcel Germain (Ly 48), ancien pédiatre de Grall et retraité qui, avec son épouse professeur de français, a lancé les opérations et coordonné non sans peine les partenaires. Le chirurgien Bernard Lequellec prendra le relais. Le Programme de formation est parfaitement respecté. L’AAHG, avec les implications particulières de Marcel Germain (Ly 48), Jean Graveline (Ly 50), Jean-Pierre Millet (Bx 56), Gérard Martet (Bx 67) et Jean-François Bon (Ly 50), a alors assuré pendant 5 ans, l’organisation des Entretiens Médicaux de Grall qui ont été un grand succès d’échanges bilatéraux, de qualité scientifique et de rencontres confraternelles. On ne peut, hélas, citer tous ceux qu’elles ont mobilisés.

Yves Pirame décrit l’atmosphère : « Les Premiers Entretiens Médicaux de l’hôpital Grall, les 6 et 7 décembre1991, entièrement consacrés à la pédiatrie, marquèrent notre retour. Le Dr Germain, chef de la pédiatrie de 1971 à 1973, est revenu les préparer, en novembre 1990. Installé avec son épouse dans le fameux pigeonnier, il en fut l’artisan.

Le 30 novembre, nous avons embarqué 105, dont nombre de militaires et d’universitaires qui s’aventuraient en terre inconnue. Cette manifestation inaugurait des échanges très attendus par les confrères vietnamiens heureux de renouer avec notre langue. C’était enfin pour nous l’occasion de retrouver notre ancien personnel et de mettre en place une aide financière pour les plus démunis.

Les Deuxièmes Entretiens Médicaux de Grall, les 11 et 12 janvier 1993, lancent au Vietnam un cycle régulier de rencontres analogues aux Journées médicales qui se tiennent sur d’autres continents. L’attribution du temps de parole a privilégié les communications des Dr Marcel Germain. Vietnamiens, toutes exposées en français, dont la qualité mettait en valeur les rapides progrès. Notre trésorier, Monsieur Dubois, a pu délivrer un pécule de 50 dollars par bénéficiaire à plus de 100 anciens en grandes difficultés. »

Resté proche du Doyen Duong Quang Trung, directeur du Service de Santé, j’explique que pour s’émanciper de certains jeux d’influences que, de loin, l’AAAHG ne pouvait appréhender, Trung avait en effet fondé le Centre Universitaire de Formation des professionnels de Santé (CUF), soumis à l’Université mais appelé à devenir une seconde Faculté de Médecine. Il voulait donner aux Entretiens de Grall une dimension nouvelle en y associant des Journées médico-pharmaceutiques pour les ouvrir vers la ville.

Mais sortir de Grall, c’était aussi se risquer hors de l’entre-soi confortable de la Francophonie et, malgré les postures officielles, les autorités françaises s’en désintéressaient : pour la première fois le Consulat de France n’organisera pas de réception !

Le Pr Courbil entretenait les contacts et croyait encore à une dynamique bien enclenchée. Il écrivait : « À la fin de ce XXe siècle, on peut rencontrer dans les belles allées de cet hôpital de jeunes élèves des Écoles de Santé militaire de Lyon et de Bordeaux, refaisant le parcours quotidien de leurs grands Anciens, Yersin, Calmette, Grall et bien d’autres, il y a plus d’un siècle. On n’a pas de peine à imaginer le bufflon de Calmette broutant la pelouse, devant ces bâtiments de 1880, en vue de la préparation du vaccin antivariolique… ces jeunes médecins retrouvent dans ce pays d’Asie les passions qu’ont connues leurs aînés ». Deux cardiologues interventionnels de l’HIA Sainte-Anne de Toulon, les Médecins en Chef Raphaël Poyet (Ly 95) et Frédéric Pons (Ly 98), rappellent ces tribulations de Santards à Saïgon : « Cinq Santards s’embarquent, en juillet 1998, pour l’Asie du Sud Est, sur les traces de leurs grands Anciens. Les examens de 4e année sont enfin derrière nous, et nous sommes sur le point de vivre une expérience inoubliable. L’aventure a en fait commencé il y a déjà quelques mois. Le soutien et les conseils du MGI Courbil, par l’intermédiaire du MDA Puidupin, (qui avait été Commandant d’Unité à l’ESSA et avec qui nous avions gardé de bons contacts) nous ont permis, avec l’accord du Commandant de l’École (le MGI Seigneuric) de prendre contact avec la direction de l’hôpital pédiatrique Nhi Dong 2 de Saïgon, ancien Hôpital Grall.

Il s’agissait d’être accepté comme stagiaire pour une durée courte, sur nos congés, car la Faculté de Médecine Lyon Sud où nous étions tous les 5 inscrits, était à l’époque (et pour je ne sais quelles raisons obscures) plutôt hostile à ce genre de stage d’externe « auto-organisé ». N’ayant donc pas reçu l’aval de notre faculté, mais celui de notre hiérarchie, notre demande, appuyée par le MGI Courbil a été favorablement accueillie.

C’est avec beaucoup d’émotion que nous arrivons à l’hôpital Grall et que nous découvrons cette architecture pavillonnaire et coloniale si particulière. La stèle de Yersin et Calmette est là, témoignage de l’attachement des élèves des Écoles de Santé Navale et Militaire à leurs grands Anciens. Nous sommes reçus par la Directrice de l’établissement avec qui nous parlons en anglais. Nous sommes séparés en 2 groupes : avec mon camarade Vincent Pommier de Santi, nous sommes affectés dans le service de chirurgie pédiatrique, où dès le 1er jour nous sommes accueillis chaleureusement au bloc opératoire. Les hernies inguinales s’enchaînent, et dès la 3e intervention, le chirurgien avec qui je suis habillé me dit : « You do the next case ? », me laissant sans voix quelques secondes, étant plutôt habitué au CHU à tenir les écarteurs !

Mes autres camarades (Emmanuel Hornez, Christophe Lebleu et Sandrine Menet) sont, eux, accueillis dans le service de maladies infectieuses et de dengue hémorragique pour la durée de notre stage d’externe. Ils effectuent la visite, réalisent différents gestes techniques (ponctions lombaires, gazométries…). Nous sommes particulièrement impressionnés par l’accueil qui nous est réservé et par la confiance que nous témoignent les différents médecins et infirmières, en dépit des barrières de la langue et malgré le fait qu’ils n’avaient alors aucune idée de notre niveau médical (qui était bien faible à l’époque, je dois l’avouer !).

De remarquables souvenirs s’associent à cette expérience, en particulier la finale de la Coupe du Monde de football du 12 juillet 1998, le Consulat général de France à Hô Chi Minh Ville ayant alors organisé pour les ressortissants français une retransmission sur écran géant au cours d’une réception grandiose. La victoire de la France, à 2h du matin heure locale, célébrée dans les rues de Saïgon aux cris de « Phap number one ! Zidane number one ! » résonne encore à mes oreilles…

D’autres Santards, dont Frédéric Pons, ont renouvelé cette expérience à l’hôpital Nhi Dong en 2000 (stage d’externe de 3 semaines), dans des conditions toujours aussi favorables. Cette expérience professionnelle brève est restée dans nos cœurs, un mélange difficilement descriptible, un sentiment partagé de nostalgie et de fierté, avec le sentiment d’une époque révolue, d’une page tournée, mais l’impression d’être acceptés comme les « descendants » de nos vénérables Anciens qui avaient tracé cette route de nombreuses décennies avant nous. »

Brutalement, le lundi de Pâques 2003, le décès de Louis José Courbil, à l’HIA Laveran, provoque une immense émotion et signe la fin d’une époque. « Au Palais d’Asie, à l’AG de l’AAAHG du 25 octobre, 43/251 adhérents sont encore présents et 80 sont représentés. Les activités scientifiques et culturelles sont au point mort, faute de moyens et de partenaires que nous n’avons plus guère de possibilités de mobiliser. Mais nous continuons de distribuer au Viêt Nam notre aide aux Anciens dans le besoin. À Paris (Anh et Marie-Jeanne) et à Toulouse (le Dr Bon et Gilberte Fournier) entretiennent les liens.

Fin 2009, en pleine lucidité, amer et sans doute la mort dans l’âme, le Président de l’AAAHG a publié ce Communiqué : « Réunie en assemblée générale extraordinaire le 17 octobre 2009 à la Mission catholique vietnamienne à Paris, l’Association des Anciens et des Amis de l’Hôpital Grall (AAAHG) créée le 5 mai 1990 avec l’objet principal de participer au projet franco-vietnamien de réhabilitation de l’ancien hôpital Grall de Saïgon prenant acte du tarissement des contributions financières pour la poursuite des Yves Pirame. programmes de coopération médicale, de l’extinction de son recrutement et de la perte de son siège social avec la fermeture de l’Institut du Pharo, a voté la proposition de dissolution présentée par son président.

À l’aube du XXIe siècle, le vieil hôpital ouvert en 1860, qui fut jusqu’au 30 avril 1975 le fleuron de la médecine française en Indochine, conserve encore dans le cœur historique de Saïgon le souvenir de Charles Grall, d’Albert Calmette, d’Alexandre Yersin. Pour combien de temps ? Le nom de Grall au fronton de l’établissement a déjà été supprimé en 1976 après sa rétrocession aux nouvelles autorités, la stèle à Calmette et Yersin dans la cour étant cette fois préservée.

Mais après nous, lorsqu’il n’y aura plus personne pour rappeler que ces figures emblématiques de l’action sanitaire de la France outre-mer étaient des médecins des Troupes Coloniales qui jetèrent les bases d’une œuvre dont la portée humanitaire ne saurait être entachée par le déni du psittacisme anticolonialiste ?

Ce sont les Belges qui ont pris le relais dans notre ancien hôpital. Ils n’ont pas de passé indochinois, mais ils ont de l’argent, beaucoup d’argent, et peuvent donc se montrer généreux et entreprenants. » Médecin Colonel des Troupes Coloniales, Yves Pirame, Moissac. Ce sont en effet des collègues belges qui sont apparus dans le paysage de Grall, sans aucun relais avec leurs prédécesseurs de l’AAAHG.

C’est dommage !

L’avantage est qu’ils parlaient français et ils n’avaient de moyens que leur propre dévouement. Ils n’ont pas mérité de jugement sévère et il faut lire absolument « Le Roman de Saïgon » (Éd. Du Rocher) écrit par l’un d’eux, Raymond Reding, et les pages touchantes de la postface, inscrite dans nos traditions. À ce point de l’histoire, il faudrait de nombreuses pages pour décrire à la fois les partenariats que ce projet a suscités et les actions de coopération engagées. (Voir notes en fin d’article). Un essai bien marqué que le VIIe sommet n’a pas su transformer.

Je veux témoigner ici que tout ce parcours autour du « projet Grall » a été une mobilisation très importante, motivée et enthousiaste du côté des amis français, civils et militaires, du côté des collègues vietnamiens francophones ou aussi de ceux en apprentissage du français avec la curiosité de pouvoir aller découvrir « ce pays d’accueil si hospitalier et fraternel » dont leurs aînés gardaient le souvenir. Dans leur situation de profonde précarité, la cour de l’Institut d’Échanges Culturels avec la France (IDECAF, ancien Centre Culturel Français), bourrée des bicyclettes des apprenants, témoignait alors du lien affectif qui idéalisait toujours le prestige de la France. Il faut absolument lire l’énumération détaillée des dix Associations françaises partenaires du « projet Grall » (2) des Universités et Établissements sanitaires et aussi de tous les hommes ou des femmes qui s’y sont investis.

« Tous ces noms rappelés, bien trop nombreux pour les citer tous, évoquent en moi des visages amis qui, pour beaucoup, vietnamiens et français, se sont déjà évanouis ». La Médecine Française était de retour parmi ceux qu’elle avait formés à son éthique hippocratique et à ses méthodes cliniques et thérapeutiques. Les uns et les autres y croyaient.

Mais le Directeur du Service de Santé de HCMV fait face à de multiples enjeux et « paraît peu à peu moins intéressé par le projet Grall que par ceux de l’Institut du Cœur et de l’Institut Pasteur… ». Il devenait évident, au fil des mois, que le « projet Grall », présenté partout comme exemplaire d’une action humanitaire française d’urgence à son origine, s’était banalisé et rentrait dans le rang des autres actions de la coopération médicale franco-vietnamienne. Les autorités françaises ne lui portaient plus le même intérêt « innovant ».

C’est un écueil des actions couvertes par les Ambassades : les diplomates changent souvent et les successeurs emboîtent rarement le pas aux ardeurs des pionniers ! Avec beaucoup de franchise, le Pr José Courbil termine son Rapport de fin du projet Grall, en signalant les dysfonctionnements, pas seulement imputables à des difficultés du dialogue franco-vietnamien mais à des divergences entre eux, aussi bien des partenaires français que des décideurs vietnamiens : « Il ne faudrait pas exagérer ces dysfonctionnements.

Personnellement, j’ai rencontré à HCM un accueil particulièrement amical au niveau de la direction de la santé publique et de la direction de l’hôpital. En France, certains bureaux du ministère des Affaires Étrangères n’ont pas mesuré leur disponibilité à notre égard… Il importe maintenant aux différents partenaires de maintenir des relations étroites entre eux, sans perdre le contact avec les autorités, à Paris comme au Viêt Nam ».

Telle est bien la difficulté : le suivi.

Mais, avec une grande lucidité, sa sœur, le Dr Mireille Graveline, avait déjà attiré l’attention dans son Rapport des Secondes Journées de ViêtnAmitié, en 1990, « en insistant sur l’importance de la francophonie, indispensable au projet… ».

Déjà, elle s’inquiète de l’envahissement anglo-saxon. L’organisation du VIIe Sommet de la Francophonie à Hà Nôi en 1997 a été un très grand moment mais, volontairement englobé dans l’économie de marché, le Viêt Nam était déjà retombé sous l’empire linguistique d’une autre « culture » occidentale, plus soucieuse de l’argent que du développement humain. Un deuxième souffle avec l’AAHG et Solidarité Santé Navale En terminant le survol des activités de l’AAAHG, le Dr Pirame dit sa reconnaissance particulière à son trésorier, Jean Dubois, et sa vice-présidente, Nguyen Ngoc Anh, ancienne infirmière du service de médecine. • L’Association Amicale de l’Hôpital Grall (AAHG), dont il est président d’honneur avec Louis Reymondon, qui a pris la suite. • Solidarité Santé Navale, de son côté, soutient la permanence de la coopération française au cœur de cet hôpital symbole de notre belle Histoire partagée.

L’AAAHG a perdu son « triple A » mais a transmis son énergie et son dévouement ! L’AAHG est animée par Huy Thinh Vu et son épouse Martine. Fils d’un ancien du personnel de Grall, il a grandi sous les grands tamariniers ! Avec Jeanne Dang Van Sung, épouse de Théo Pierre-Bes, qui travaillait au laboratoire. Ils réunissent des amis pour collecter des fonds au profit des petits malades de BVND 2-GRALL en organisant à Paris des repas spectacles très conviviaux.

Il n’y a plus que des épisodes passagers de visites du souvenir à l’Hôpital Grall, lorsqu’en 2003, un Navalais de la Promo 65 y passe, à l’occasion d’un Colloque international de neurologie pédiatrique.

Le Pr Pierre Jallon, a dirigé le service de neurophysiologie clinique du Val-de-Grâce à Paris avant de devenir chef de l’Unité d’épileptologie clinique des hôpitaux de Genève et professeur de l’Université. L’épilepsie est l’engagement de sa vie. Sa lutte porte sur les préjugés entourant cette pathologie qui touche 600 000 personnes en France et près d’1 million au Viêt Nam dont une majorité d’enfants. Il y a encore peu de temps, les patients épileptiques étaient maintenus dans un ostracisme insupportable. Comme la Ligue Internationale, la Ligue Française contre l’Épilepsie, dont le Pr Jallon a été Président, a pour but une prise de conscience de ce handicap, une meilleure coordination de la recherche médicale et la mise en place de structures spécifiques d’aide aux patients.

Avec Mr Esambert, il a créé en 1991 la Fondation Française pour la Recherche sur l’Épilepsie (FFRE), reconnue d’utilité publique, qui finance des projets de recherche, informe et accompagne les patients et leurs familles, démystifie cette maladie dans l’opinion et participe aussi à la réflexion des pouvoirs publics.

Il vit désormais au Viêt Nam et exerce en qualité de Professeur invité des Universités de Hà Nội et d’HCMV. Il a aussitôt organisé des consultations d’épileptologie à l’Hôpital Nhi Dong 2-GRALL à la demande de Madame le Dr Khan Van, chef de Service de Neurologie pédiatrique. La FFRE a financé des équipements essentiels pour les hôpitaux et, avec l’aide du Dr Le Cuong Quang, l’un de son élève formé à Genève et devenu vice-ministre de la santé, la maladie est mieux connue et soignée.

C’est alors que cette activité, soutenue par ViêtnAmitié, trouvera l’aide financière précieuse de Solidarité Santé Navale grâce aux fonds de l’ASNOM et du don très généreux de la famille de Nung et Jacques Zwingelstein, ancien psychiatre de Grall (Bx 47).

Dans les services spécialisés de Hà Nội et de ND2-GRALL à HCMV, les enfants atteints de troubles comitiaux exclus des traitements médicaux sont présentés deux fois par an au Pr Olivier Delalande, neurochirurgien parisien réputé de la Clinique Rothschild. À l’occasion de la dernière visite d’État du Président de la République au Viêt Nam, ce dernier a remis la Légion d’Honneur au Pr Jallon en déclarant : « Vous êtes un homme de convictions, qui apportez chaque jour à vos patients une lueur d’espérance. Vous avez aussi, je le sais, tout le respect des médecins vietnamiens qui vous sont reconnaissants d’avoir apporté ici vos compétences et votre énergie. Ces engagements font de vous l’un des illustres artisans de la grande tradition de la médecine francophone au Vietnam, celle de toutes celles et ceux qui ont fait de la coopération franco vietnamienne dans le domaine de la santé l’une des plus solides et des plus efficaces dans le monde ».

Des retrouvailles bien engagées et qui vont se pérenniser dans la culture du Pharo, l’esprit de Grall.

Mais, aujourd’hui, on a changé de monde, celui de l’efficacité, du court terme et du profit. Les médecins français perpétuent les valeurs de gratuité et de partage mais ils ont abandonné le combat de la langue française : l’anglais est devenu LA langue imposée dans le monde du travail et pour la communication internationale. Mgr Alexandre de Rhodes ne s’en consolerait pas ! Leçons et perspectives Avec la première pierre du Mémorial des guerres en Indochine de Fréjus, en 1989, le Premier Ministre Jacques Chirac appelait à tourner la page et inventer « une coopération sous d’autres formes ». Au Viêt Nam, la plupart des médecins, souvent spécialisés à Moscou ou à Berlin-Est, étaient issus de l’école française et ouverts à resserrer les liens distendus. Comme langue de travail, le « projet Grall » avait naturellement le français en partage. Elle est la langue de la fraternité, mais c’est l’anglais la langue du marché.

Or, dès 1986, le choix politique de l’ouverture économique (Đổi Mới) avait radicalement changé la donne. Nous restions sur nos illusions mais, en février 1994, la levée de l’embargo des États-Unis a fini d’imposer leur suprématie et l’anglais dans tous les échanges internationaux. C’est là qu’une autre page s’est tournée ! Ce constat nous afflige et nous décourage car, une fois de plus, la France a laissé s’écrire là une page de notre « Histoire des occasions manquées » !

Sans doute, mais après 30 ans d’un rapprochement sincère avec beaucoup de nos collègues vietnamiens, l’heure n’est plus aux lamentations. Nos plus jeunes camarades ont, de gré ou de force, intégré ce changement de paradigme et ne répugnent pas, comme les plus anciennes générations, au dialogue et aux échanges scientifiques dans un jargon mondialisé, lointain héritier de la langue de Shakespeare !

À l’Hôpital des Enfants n° 2-GRALL, en 1998, Raphaël Poyet dit bien avoir fait son stage en anglais… En 2016, Pierre Jallon n’a pas d’autres ressources pour communiquer avec ses jeunes élèves et ses collègues enseignants, obligés au moins à lire les Revues scientifiques en anglais et à l’utiliser pour s’exprimer dans les Congrès internationaux. La Direction de l’Hôpital ne fait d’ailleurs plus référence au français dans ses documents administratifs, sauf par exception pour nous être agréable.

On doit donc s’interroger, dans le domaine médical, sur les conséquences de ce constat, pour nous, pour eux et, plus généralement, pour la santé humaine. Pour un jeune Vietnamien aujourd’hui, savoir parler anglais est une nécessité dans tous les secteurs. Cependant, avoir le français comme autre langue est un atout porteur de multiples avantages : comprendre plus de 150 ans d’Histoire partagée, histoire d’une occupation coloniale, certes hautement critiquable mais porteuse d’un legs culturel dont les Anglo Saxons diraient eux-mêmes : « ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain » ! Il ne se réduit pas à la richesse de notre littérature, il s’exprime à travers des valeurs que les vietnamiens citent volontiers comme celles de « la Révolution Française ».

Elles ont un champ beaucoup plus large, depuis le temps d’Hippocrate, référence de notre éthique médicale, jusqu’à celui du Conseil National de la Résistance, qui a jeté les bases de notre système social exemplaire dans ses fondements constitutionnels : le droit à la santé, à la protection et au travail.

L’accueil de stagiaires en France doit être développé et amélioré dans la recherche d’une connaissance mutuelle, comme celui de nos étudiants au Viêt Nam pour y prendre la mesure d’une médecine encore exercée dans la précarité et avec des pathologies spécifiques.

Les impératifs du développement du Viêt Nam, après tous les ravages et les retards dus à la guerre, son obligation de nourrir une population en constante croissance sur des terres fertiles, menacées par le réchauffement climatique, justifient son appel à toutes les ressources de la coopération internationale.

Mais cette ouverture doit savoir se défier des influences nuisibles et le Corps médical français est sans doute légitime comme lanceur d’alerte contre les dangers redoutables d’une certaine industrie chimique du médicament, des engrais, des pesticides et autres modificateurs endocriniens.

Plusieurs millions de victimes des épandages militaires d’Agent Orange/dioxine au Viêt Nam, de 1962 à 1972, (jusqu’à la 3e génération) alertent aujourd’hui la conscience universelle et interpellent d’abord le Corps médical.

L’Hôpital ND 2-Grall est en première ligne face à la tragédie de ces enfants et de leurs familles. Le « projet Grall » a su montrer combien notre système hospitalo-universitaire, nos ONG, nos dons généreux étaient capables de se mobiliser pour un objectif commun partagé, avec efficacité et aptitude à se renouveler pour s’adapter aux attentes les plus pressantes de nos partenaires vietnamiens. Cela exige de nous une grande capacité d’écoute, un respect mutuel et une recherche aussi d’apprendre au contact de réalités différentes.

Nos collègues Viêt kiêu (d’origine vietnamienne et parfaitement bilingues) sont des acteurs précieux de cette coopération médicale franco-vietnamienne à poursuivre et à toujours réinventer. Une Fédération Santé Franco Vietnamienne s’attache depuis peu, depuis Paris, à coordonner et pérenniser une coopération digne de la grande tradition de la médecine francophone au Vietnam, pour soutenir, selon la formule du Président de la République, la réputation « de toutes celles et ceux qui ont fait de la coopération franco vietnamienne dans le domaine de la santé l’une des plus solides et des plus efficaces dans le monde ».

Antoine Bouchard achève sa thèse en affirmant : « Nous pouvons dire que l’action des officiers et sous-officiers du Service de Santé des Armées a été déterminante dans la renaissance de l’Hôpital pédiatrique n° 2 de Hô Chi Minh Ville ». Le MGI Courbil, Inspecteur Général du Service de Santé des Armées, a conclu son expérience en déclarant : « Aussi pensons-nous que le médecin militaire français à sa place dans cette coopération future ».

Un parallèle saisissant… 40 ans les séparent… mais ils sont là !

Notes de fin : Pour les détails et les fondamentaux on ne manquera pas de se reporter à la thèse remarquable d’Antoine Bouchard (Université Claude Bernard, Lyon 1, 1999, n° 224, 124 pages) à laquelle cet article fait déjà de larges emprunts. Il y développe les étapes de l’aide française à la réhabilitation de l’Hôpital « dit Grall » de 1990 à 1995. – L’héritage colonial architectural, contemporain du Pont Doumer de Hà Nôi ou de la Grande Poste de Saïgon, œuvres de Gustave Eiffel, avec des concepts appropriés au climat qui traversent le temps. – Les travaux techniques en trois phases et l’organisation multi sectorielle des services de l’Hôpital. – Les Entretiens de Grall avec les thèmes et intervenants. – Le Programme de formation sélective des FFI de Grall, avec les études médicales au Viêt Nam et « le programme de Paillerets » avec son évaluation critique sur 5 ans. – Le Programme de formation des infirmières, avec, sur place, une présence semi-permanente d’infirmières de l’AP de Paris et l’accueil de stagiaires à l’Hôpital Léon Bérard de Hyères. Les autres activités de coopération sont largement développées (pp 95 à 115 de la thèse), principalement : – Le CENTRE D’ÉPURATION EXTRA RÉNALE, – La BANQUE DE SANG à usage pédiatrique, – L’ORGANISATION POUR LA PRÉVENTION DE LA CÉCITÉ. »

Article du docteur Yves Pirame, ancien chef des services médicaux de l’hôpital Grall paru dans « la Cohorte » n°179 de février 2005 puis dans la revue de l’ANAI :

http://www.anai-asso.org/NET/document/loeuvre_de_la_france/loeuvre_de_la_france/enseignement_sante_action_sociale/hopital_grall/index.htm?fbclid=IwAR1SM5NeNf9x_diy3mjU8LQnqY4xBev5Xq599NnuCodiiReHsKngm1olehE

Quelques livres de Charles Grall sur Gallica :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55506405

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5687497h

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5551348r

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55676463

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5568144v

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k61253277

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56196099

Pour savoir ce qui était l’amiral de la Grandière :

LA-GRANDIÈRE. — Rue De 7-9-C-E. — Orientée SO-NE. — Joint, au nord de la gare, le carrefour Verdun, Krantz, Frère-Louis, Lacote avec le boulevard Luro (devant la Sainte-Enfance). Cette rue fut faite sur les fossés des remparts de la première citadelle, détruite par ordre de MINH-MANG en 1835 et dont les substructions d’un bastion ont été exhumées en janvier 1926 lors de la construction d’un grand immeuble, à l’angle de cette rue et de la rue Catinat (Voir « L’Impartial », 8 janvier 1926 et « Bull. S. E. I. », 1er trim. 1926, p. 93 et 4e trim. 1935, p. 48 ; gravure planche XVII). Au moment de la création de cette rue, elle portait le n° 17. Un arrêté de l’amiral DE LA GRANDIÈRE, lui même, en date du 1er février 1865 (Voir « Courrier de Saigon », 5 mars 1866), lui donna le nom de « rue du Gouverneur », parce que son palais (édifié à l’emplacement de l’institution Taberd) se trouvait sur cette rue. Un arrêté du gouverneur p.i. amiral DE CORNULIER-LUCINIÈRE, en date du 1er juillet 1870, déclare que cette rue portera, « à dater de ce jour », le nom de « rue LaGrandière ». (Voir « Courrier de Saigon », 5 juillet 1870). Amiral-gouverneur (1807-1876).

— Pierre, Paul, Marie DE LA GRANDIÈRE naquit à Redon (Ille-et-Vilaine) le 28 juin 1807. Il appartenait à une famille originaire de l’Anjou dont beaucoup de membres avaient été marins. Suivant la tradition, il entra lui-même à l’École navale. Nommé enseigne après la bataille de Navarin (1827), il parcourut, au cours de sa carrière, les Antilles, le Sénégal, le Brésil, la Plata et le Levant. Puis, il devint chef d’état-major du préfet maritime de Brest (1844-47). Enfin, la campagne du Kamtchatka (1852-56) fut la dernière qu’il fit sur mer. Promu contre-amiral en 1861, il devint d’abord gouverneur intérimaire de la [279] Cochinchine le 30 avril 1863. (Dépêches du 31 janvier et du I10 février ; voir : Bouchot, « Documents pour servir à l’histoire de Saigon », p. 378) en remplacement de l’amiral BONARD, puis, titulaire le 16 octobre de la même année. Il devait rester en Cochinchine — sauf une courte absence — jusqu’au au mois d’avril 1868. C’est pendant son séjour à Saigon qu’il fut élevé, en 1865, au grade de vice-amiral. Le gouvernement de l’amiral DE LA GRANDIÈRE fut un des plus fructueux de la conquête. * * * Au point de vue politique, son rôle fut très important. Ainsi par l’intermédiaire du capitaine de vaisseau DOUDART DE LAGRÉE, il plaça le Cambodge sous le protectorat de la France (11 août 1863). En Cochinchine, des révoltes continuelles troublant la sécurité de nos possessions l’amenèrent à s’emparer des provinces de l’Ouest-Cochinchinois : Chaudoc, Hatien, Vinhlong (juin 1867). Cette occupation — qui lui a été reprochée par des esprits critiques — a, en réalité terminé la conquête de la Cochinchine qui se prolongeait lamentablement depuis neuf ans et éloigné de notre gouvernement les ferments de révolte qui gênaient notre action. Son activité concernant l’organisation de la colonie porte sur une foule de questions : choix des administrateurs, réorganisation de la justice (la peine du rotin est supprimée le 10 octobre 1865), des finances, développement des écoles, pour lesquelles il fait appel aux « Frères de l’École chrétienne », développement des établissements hospitaliers, etc. Ses dispositions administratives durèrent jusqu’en 1879. [280] L’amiral DE LA GRANDIÈRE veilla aussi au développement économique en favorisant l’extension des voies de communication. La ville de Saigon agrandit son périmètre d’une extraordinaire façon ! En 1863, la ville s’arrêtait à l’actuelle rue LaGrandière ; quelques mois plus tard, elle atteignait la rue n° 23 (Boulevard Norodom). Le 3 octobre 1865, elle joignait la Route Stratégique (rue Chasseloup-Laubat) et, en décembre (arrêté du 6 décembre 1865), elle s’avançait jusqu’à la rue n° 27 (rue Richaud). La ville se peuplait rapidement. Mais, parmi ses préoccupations d’ordre économique, il y en avait une de tout premier plan, à laquelle il pensait depuis 1863 : c’était la possibilité que pouvait offrir le Mékong comme route commerciale vers la Chine. Il s’en était ouvert à DOUDART DE LAGRÉE qui avait, en partie, exploré ce fleuve durant son séjour au Cambodge, et à Francis GARNIER qui, étant placé hors cadre, venait d’être nommé administrateur adjoint à Cholon. Le ministre de la Marine CHASSELOUP-LAUBAT fut pressenti ; il accepta cette initiative et donna des ordres en conséquence. La mission partit en 1866. (Voir rue Doudart-de-Lagrée et place Francis-Garnier.) La. santé de l’amiral fut éprouvée par le climat meurtrier de Saigon. Il dut rentrer en France, le 4 avril 1868, provisoirement remplacé par l’amiral OHIER. Sauf un court congé, il était resté cinq ans en Cochinchine ; c’est la plus longue période passée par un gouverneur dans cette colonie. De plus, soucieux de l’avenir de notre établissement, il avait prêché d’exemple en amenant sa famille, disant qu’« on n’organisait pas une conquête avec des célibataires ». [281] Revenu en France depuis deux ans, il donna sa démission de gouverneur (6 avril 1870, dans « Courrier de Saigon », 5 juin 1870). Atteint par la limite d’âge, il fut retenu dans les cadres d’activité par décret présidentiel du 20 juin 1872. Il mourut à Quimper, quatre ans plus tard, le 25 août 1876. Aux dires du ministre de la Marine et des Colonies, le marquis DE CHASSELOUPLAUBAT, « l’amiral DE LA GRANDIÈRE était un esprit froid et méthodique, un administrateur éclairé et ferme… Son activité infatigable, son équité, sa fermeté rigide, tempérée par une parfaite politesse lui donnait un grand prestige personnel : il fut le véritable fondateur de la Cochinchine française. » De lui : — Différents arrêtés et programmes concernant les expositions agricoles de 1866 et 1867. Voir « Bull. Comité agricole et indust. de Cochinchine », t. 1, années 1866 et 1867, pages diverses. Sur lui : — AMIRAULT : « Nécrologie de l’amiral de la Grandière », « Revue maritime et coloniale », 1876, t. LI, p. 802 à 816. — RENARD (L.) : « La question de Cochinchine », « Correspondant », 15 janvier 1865. — VARANNES (A. de) : « La Cochinchine française depuis l’annexion des provinces du Sud », « Revue des Deux Mondes », 15 février 1868. — WYTS (Capitaine de frégate) : « Prise de possession de Vinhlong, Chaudoc, Hatien en 1867 », « Revue maritime et coloniale », 1872, t. XXXII, p. 1-912 à 922. [282] À consulter : — BAUDRIT (André) : « Correspondance de Savin de Larclause… », p. 167 § 4 ; 169 § 2 ; 176 § 3 ; 221-222 § a, « Bulletin Soc. études indochinoises », 1939, t. XIV, 3e-4e trim. ; 245 pp. — BRÉBION ET CABATON : « Dictionnaire de bio-bibliographie… », p. 218, Paris, Soc. d’éditions, 1935. — CULTRU : « Histoire de la Cochinchine française… », p. 98 à 119, Paris, Challarnel, 1910, 444 pp. — LHOMME : « Le Gouvernement des amiraux », p. 52 à 63 et diverses, Paris, Larose, 1901. Thèse de droit, 122 pp. Portrait : — BOUDET ET MASSON : « Iconographie… », Pl. XXXV, fig. 74 — Bal chez l’amiral de La Grandière, « Bull. Soc. études indoch. », 1927, 1er trim., p. 47-53. ————————————

Photos de l'accident le 10 avril 2021, lorsque le conducteur ivre d'une Range Rover a démoli toute la porte historique qu'il conviendra de reconstruire !


Droit, histoire, géopolitique en Asie et ailleurs

Par Vincent RICOULEAU

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