Jean-François Parot (1946-2018), après des études d'histoire et d'ethnologie, ex Consul de France à Ho Chi Minh Ville dans les années 1982-1986, parmi bien d'autres postes diplomatiques, auteur de la série de romans historiques se passant au XVIII e siècle avec comme personnage clef, Nicolas Le Floch, n'a pas fini de nous étonner. Tant sur le plan littéraire, télévisuel que cinématographique, avec l'adaptation de ses livres. Mais aussi par une audace, que le réaménagement de la ville de Ho Chi Minh Ville, n'a pas manqué, en détruisant le cimetière français, de stimuler.
Connaissez-vous un consul qui réussit à "s'emparer" des restes de certains personnages historiques, lors de la destruction du cimetière Massiges, maintenant le parc Le Van Tam, entre les rues Hai Ba Trung, Dien Bien Phu et Vo Thi Sau, où sont enterrés nombre de Français illustres, et à les "transférer" sur un navire de guerre avec pour mission de les ramener en France où cérémonies religieuses, civiles les attendent ?
Carte datant de 1871. Cimetière européen, créé en 1859, intégrant le cimetière français, du nom de Massiges, ensuite de la rue Mac Dinh Chi Street, avec le cimetière annamite à partir de 1871, situé entre la rue Nationale (rue Hai Ba Trung), la rue Legrand de La Liraye (rue Dien Bien Phu). La rue de Massiges est la rue Mac Dinh Chi. Carte tirée d'un article du meilleur historien de l'Indochine française, actuellement, Tim Doling, que la France ne manquera pas un jour de mettre à l'honneur pour ses travaux. Remerciements aussi à Frederick P Fellers, qui a pris des photos du cimetière dans les années 1970.
Histoire du cimetière Massiges qui date de 1859 par l'excellent Tim Doling. Il prend le nom de Mac Dinh Chi en 1955.
Sous oublier la peur de nombre de gens de rencontrer les esprits des personnes enterrées dans le cimetière, maintenant, un parc pour faire du sport, se détendre, marcher, exposer.
Pour se repérer, le guide historique des rues de Saigon, de André Baudrit, en 1943.
Mais revenons en 1983 !
Dans la nuit du 1er au 2 mars 1983, les corps de Pigneau de Béhaine, de Francis Garnier, de Doudart de Lagrée après leur exhumation dans des conditions difficiles, avec une volonté sans faille de Jean-François Parot, sont incinérés car la législation vietnamienne ne permet pas de faire sortir les corps du pays. La Jeanne d'Arc, commandée par le capitaine de vaisseau Merveilleux du Vignaux, ramène en France les cendres des personnages illustres. De telles actions ne sont pas le fruit de décisions individuelles, naturellement que les plus hautes autorités de l'Etat français ont donné leur accord, mais sans la détermination de Jean-François Parot, historien de formation, rien n'aurait pu se faire. A l'époque, le Vietnam était fermé, clos, encore à demi dans une économie de guerre, enfermé dans une idéologie essoufflée, très vigilante sur le passé colonialiste français. Il y avait peu de chances d'avoir les autorisations. Mais Jean-François Parot, diplomate atypique, les a obtenues.
Concernant Pigneau de Béhaine, n'hésitons pas à mentionner certaines sources juridiques parmi d'autres permettant d'éclaircir une étape importante de sa vie, les conditions de rédaction et de signature du traité du 28 novembre 1787 ! Cela permet de mieux comprendre l'histoire de cet ecclésiastique iconoclaste.
Voir aussi le précieux recueil des traités conclus par la France en Extreme-Orient - 1684-1902 - de L. de Reinard publié en 1902, permettant de relire le traité.
Voici, ci-dessous, quelques éléments de ces morceaux d'histoire diplomatique au Vietnam. Sans oublier de lire l'extraordinaire oeuvre de Jean-François Parot, décédé à Missillac, près de Guérande, de Nantes, bref, cela ravira nos expatriés d'origine bretonne ou de l'ouest atlantique.
Lisez donc ce qui suit en ce qui concerne Pigneau de Béhaine.
Voici l'article publié sur le site Aleteia concernant Mr Pigneau de Béhaine, en espérant que les descriptions sont bien relatées. Car à mon avis, il n'y avait pas de journaliste français lors des exhumations.
"Jean-François Parot, auteur de la célèbre série des aventures de Nicolas Le Floch est décédé le 23 mai 2018. En parallèle de son travail d’écrivain, il a mené une carrière diplomatique pendant presque 40 ans. Carrière qui l’a amené à croiser le chemin d’un évêque de Cochinchine du XVIIIe siècle resté célèbre pour le rôle déterminant qu’il joua dans les relations entre le royaume de France et l’Empire d’Annam (Vietnam). Une rencontre incroyable et rocambolesque.
Le créateur des aventures du commissaire Nicolas Le Floch dans le Paris du XVIIIe siècle est décédé le 23 mai à l’âge de 71 ans. Diplomate de carrière, c’est à partir des années 1990 qu’il a imaginé sa série des aventures de Nicolas Le Floch déclinée en 14 volumes. Traduite en une dizaine de langues, la série, adaptée à la télévision, mêle des intrigues à des reconstitutions historiques scrupuleuses.
Dans son dernier roman, Le Prince de Cochinchine, (2017), Jean-François Parot raconte dans son avant-propos l’histoire incroyable qui lui est arrivé en 1983 alors qu’il était consul général de France à Saïgon. « Ce prélat, évêque d’Adran, me demeure lié par des circonstances particulières et inoubliables » confie-t-il aux lecteurs pour piquer sa curiosité. La suite de l’histoire le justifie allègrement.
Né en 1741, Pierre Pigneau de Behaine est un prêtre des Missions étrangères de Paris. Ordonné, il est envoyé en Asie et se retrouve rapidement en Cochinchine. Au XVIIIe siècle, ce royaume historique situé dans le sud de l’actuel Vietnam se déchire alors entre la dynastie Nguyễn et celles des Tây Son, de féroces ennemis du christianisme. Devenu évêque, pour résoudre le conflit, il joue un rôle de premier ordre sur le plan diplomatique. En 1787, le prince Nguyễn lui confie le sceau royal et son fils de 5 ans pour plaider sa cause auprès du roi de France, Louis XVI. Par Pondichéry, il arrive à Lorient et parvient à rencontrer le roi à Versailles. La France s’engage à soutenir militairement le roi de Cochinchine. Un traité d’alliance entre le royaume de France et l’Empire d’Annam est signé à Versailles. C’est le point de départ de la présence française dans cette partie de l’Asie du sud-est.
Mort en 1799, le corps de l’évêque est enterré à Ho Chi Minh-Ville après avoir été embaumé puis enveloppé dans de belles étoffes de soie et placé dans un cercueil précieux. La cérémonie d’enterrement fut grandiose et l’empereur Gia Long, en hommage à cet homme qui l’avait aidé à retrouver son trône, prononça lui-même l’éloge funèbre.
Quel lien entre Jean-François Parot et cet évêque du XVIIIe siècle ?
Alors consul général à Ho Chi Minh-Ville, Jean-François Parot apprend, en 1983, que les cimetières français de la ville vont être détruits ainsi que le magnifique tombeau de l’évêque d’Adran.
Sans attendre, il entame des négociations afin de récupérer le corps du diplomate. Les travaux d’exhumation commencent mais le temps presse car Jean-François Parot veut profiter de l’escale à Singapour de la Jeanne pour rapatrier le corps par bateau.
Le jour de l’ouverture du tombeau, le diplomate se précipite sur les lieux où la foule est considérable. Debout devant la fosse, il découvre l’immense cercueil or et rouge. Considéré comme un saint, les gens se jettent sur le tombeau pour tenter de récupérer un morceau de bois du cercueil.
Au milieu des cris, les fossoyeurs continuent leur travail et soulèvent le couvercle. L’évêque d’Adran apparaît alors en majesté. Le prélat porte une robe de mandarin constellée de dragons et fermée de petits boutons d’or. Sa tête momifiée est coiffée d’une calotte de dentelles. Mais la vision est fugitive : à peine effleuré, le tissu disparaît en poussière.
Un exhumation agitée
Jean-François Parot prend alors le crâne de l’évêque et l’élève comme un ostensoir. Soudain la foule s’agenouille pour prier. Le diplomate se dépêche de récupérer tout le reste des ossements et quitte les lieux, cachant la tête du prélat sous son veston. « Mon émotion fut grande de sentir contre mon cœur et exhalant une persistante odeur de camphre, la tête de celui qui, jadis, avait négocié avec Louis XVI à Versailles la sauvegarde de l’unité d’une nation menacée. »
Le soir même, les restes de l’évêque sont incinérés, les autorités interdisant la sortie du pays de corps intacts. Les cendres sont alors mises dans un pot en porcelaine sur lequel on appose le sceau officiel de la République tandis qu’une petite cérémonie est organisée dans le bureau de Jean-François Parot. « Par exception et en accord avec mes collaborateurs, les règles étroites de la laïcité furent écartées ; ces illustres avaient bien le droit à un moment de recueillement et à quelques prières ».
Retour aux sources
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Ayant enfreint les règles des Missions étrangères de Paris — qui veut que les missionnaires soient enterrés là où ils sont décédés — Jean-François Parot reçoit une lettre de mécontentement de la part du supérieur des Missions étrangères, ce à quoi il répond « qu’il aurait peut-être été préférable de laisser les bulldozers bousculer les vestiges d’un grand passé ». Au même moment, il prévient le maire et le curé d’Origny-en-Thiérarche (Aisne), village natal de l’évêque d’Adran, de l’arrivée des cendres en France. On décide alors qu’une partie des cendres iront dans la crypte des Missions étrangères de Paris, rue du Bac, tandis que l’autre reposerait dans l’église d’Origny, au dessus des fonts où il avait été baptisé.
Une grande cérémonie est célébrée le 2 octobre 1983 dans sa ville natale, en présence du préfet et de l’évêque de Laon. « Ainsi s’achevait dignement le destin exceptionnel d’un héros de notre histoire dont je rappelai solennellement coram populo, qu’il demeurerait aussi une des figures marquantes de l’édification nationale du Vietnam ».
Bonne synthèse ci-dessous des faits d'armes de Francis Garnier.
Trois de mes photos ci-dessous sur le parc Le Van Tam tel qu'il est utilisé actuellement !
